Anne Émond : Amour Apocalypse

Anne Emond, Amour Apocalypse

La solastalgie est un sentiment de désolation profonde causée par la conscience des changements environnementaux en cours. Du latin solacium (réconfort) et du suffixe grec algia (relatif à la douleur), le terme est inspiré du mot « nostalgie ». Inventé en 2003 par Glenn Albrecht, ce concept est au cœur du film d’Anne Émond, Amour Apocalypse.

Adam – clin d’œil au premier homme selon la Bible –, propriétaire un peu trop gentil d’un chenil, est éco-anxieux. Devant ce chenil en bordure d’une zone industrielle, avec terrils à l’arrière-plan, seuls passent des camions. La laideur est partout présente. L’image, tournée en pellicule, est rugueuse, sale, comme pour souligner la catastrophe imminente mais elle n’est pas dénuée de douceur pour autant.

Face aux changements climatiques d’un futur très très proche que nous devinons subtilement dans le hors-champ, Adam se considère comme le parasite d’une planète qui n’en peut plus des humains qui l’asphyxient. Pour tenter de sortir de son état dépressif, il décide d’acheter une « lampe thérapeutique ».

Dans la boite, une carte avec un numéro pour appeler en cas de besoin si quelque chose ne va pas. Mais là : quiproquo, Adam l’interprète comme une ligne d’écoute. S’en suit une rencontre téléphonique avec une douce voix, Tina, jouée par la merveilleuse Piper Perabo, qui, après vérification, se trouve être une vraie humaine et non pas une IA.

Alors que les premiers plans du film sont de longs plans fixes peu bavards où Adam lutte pour réussir à s’exprimer, au contact de la voix de Tina, il se met ensuite à parler, à sourire, il n’est plus entravé.

S’engage un dialogue qui redonne foi en l’existence :

« – J’aimerais comprendre le monde un peu mieux, comment les choses fonctionnent. 

Oui mais tout est vraiment chaotique ces temps-ci. Peut-être que seuls les fous comprennent comment cela fonctionne. »

À partir de cet appel, débute une quête chevaleresque pour trouver cette voix. L’intelligence de l’écriture d’Amour Apocalypse se situe non dans l’action en elle-même mais dans le message : malgré l’apocalypse, nous continuons à vivre et c’est normal.

Lorsque tout semble s’écrouler autour de nous, Anne Emond nous autorise à être complètement à côté de la plaque sans pour autant en être moins humains. Peut-être est-ce le centre du film : comment se répare-t-on – nous humain – quand tout est cassé ?

Pour emprunter le titre du livre d’Anne Dufourmantelle, Anne Émond souligne la puissance de la douceur.  La réalisatrice, sans grands effets catastrophistes, loin du cinéma américain, fait sentir l’écroulement mais aussi la joie d’une humanité qui aspire à des choses simples, où la différence entre bizarrerie et normalité ne fait plus sens.

La question qui flotte n’est plus la signification de tout cela mais plutôt que faire lorsque plus rien ne fait sens ? Est-ce que le mieux ne serait pas d’aimer ?

Amour Apocalypse. Réalisation et scénario : Anne Émond. Avec : Patrick Hivon, Piper Perabo, Gilles Renaud… Sortie en salle : 21 janvier 2026.