Pilotes en séries (22) : Émile in Paris (La Maison)

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Présentée comme la réponse à Emily in Paris qui rencontrerait Succession, La Maison est une tentative de se réapproprier l’univers parisien de la mode subissant les clichés netflixiens. Diffusée sur Apple TV+, La Maison jette Lambert Wilson, Amira Casar, Carole Bouquet et Pierre Deladonchamps dans le taffetas et le spectateur dans l’embarras devant le spectacle navrant de cette fashion weak.

Après nous avoir offert un ersatz de The Newsroom avec The Morning Show, la marque à la pomme semble avoir voulu marcher dans les pas de Netflix en produisant sa série sur le froufrou et le falbala. Disons-le tout net, le résultat est à peu ou prou du niveau du spectacle de marionnettes en moufles de ski que j’avais créé pour occuper des gamins venus s’essayer aux sports d’hiver tandis que le thermomètre affichait 19 degrés à 1800 mètres d’altitude un 25 décembre.

La Maison, c’est la maison Ledu, chevron de la mode française, avec à sa tête Vincent (Lambert Wilson) tout en cheveux ondulés et morgue de couturier génial mais caractériel en passe de se faire honorer commandeur des arts et des lettres. A ses côtés (ou contre, on ne sait pas trop), on fait la connaissance de son ex-femme et muse Perle Foster (Amira Casar), de son neveu Robinson (Antoine Reinartz) de son frère Victor (Pierre Deladonchamps) ; puis de Diane Rovel (Carole Bouquet) dont on comprend très vite et trop bien que l’ex-égérie Chanel à la ville n’est pas là pour servir de porte-manteau mais bien de détruire au plus vite son concurrent. On comprendra vers le milieu du deuxième épisode l’urgence de la situation, mais on ne voudrait pas divulgâcher un ressort dramatique qui fait moins pschitt qu’un débouchage de bouteille de soda gonflé au Mentos. Et presque aussi surprenant que l’annonce du départ d’Eric Ciotti des Républicains.

Miroir mon beau miroir ©Apple TV+

Carole Bouquet est parfaite en patronne revêche et mal embouchée qui tyrannise sa fille (

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Le problème (s’il n’y en avait qu’un) c’est que des saillies cruelles et des rôles trop écrits ne font pas une série. Surtout quand, avec la subtilité d’un missile sol-air s’écrasant dans les rues de Kiev, on découvre des personnages et des situations par trop caricaturales. En partant du principe que la réalité dépasse parfois la fiction, ce ne serait pas si grave que La Maison en fasse des tonnes pour tenter de rattraper son retard, mais… il est difficile de se passionner pour une série qui nous offre pour tout ressort les relations troubles et endogames entre deux familles – trois si l’on ajoute une jeune directrice artistique convoitée par les deux marques et qui s’avère être la fille d’un ancien compagnon de Vincent Ledu (sic). Parce qu’en prime, les orientations sexuelles et « qui couche avec qui » sont les seules clés offertes au spectateur et donnent un semblant de corps à une histoire qui ratisse XXL : l’ancien et le nouveau monde, le greenwashing chez les géants du luxe, l’idéalisme des jeunes conscient.e.s de l’effondrement du monde, le génie ou le manque de talent atavique, l’art comme un prétexte au capitalisme sauvage et réciproquement, les amours passées, les secrets de famille(s), la tyrannie des réseaux sociaux et le culte de l’image… Avant la rédemption du patron et un happy end cousu d’avance ?

La maison, de Fabrice Gobert et Daniel Grou. Avec Lambert Wilson, Amira Casar, Carole Bouquet et Pierre Deladonchamps dans les rôles principaux. 10 épisodes. 2024, Apple TV+.