Pilotes en séries (16) : True Detective (Night Country)

Dix ans ont passé depuis l’arrivée de True Detective sur HBO sur les écrans. Créée par Nic Pizzolatto, la série policière anthologique avait fait date dans le paysage des TV shows qui comptent. L’irruption d’un duo de flics torturés (chacun à leur manière) au service d’une loi et d’un ordre moins irréprochables avaient fait exploser le genre et déjoué les codes de la série policière traditionnelle, faite d’enquêteurs probes et sans aspérité(s), d’intrigues formatées et manichéennes.

Oubliez le bayou de Louisiane, les riches demeures de Californie et la montagne de l’Arkansas, c’est l’Alaska et sa nuit boréale qui sert de cadre à cette quatrième saison. Dans cette région âpre et ces relations humaines qui le sont tout autant, le mystère de la disparition des chercheurs prend vite des allures fantastiques quand des corps sont retrouvés figés dans la glace, tels des sculptures figurant un radeau de la Méduse arctique. Les spectres du passé, les mensonges enfouis et les croyances indigènes sont au coeur de l’enquête, de même que les oppositions entre les hommes et les femmes, entre les américains blancs et les natives sont les clés premières d’un récit qui ne peut aller que vers l’horreur. Dans les pas de Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Colin Farrell, Rachel McAdams et de Mahershala Ali et Stephen Dorff, c’est au tour de Jodie Foster et Kali Reis de composer un nouveau tandem de détectives. Deux femmes, deux personnalités, une inimité de longue date, mais une volonté commune d’en remontrer à la masculinité toute puissante. Cette fois encore, la vérité, le passé et les failles des personnages seront les enjeux et le coeur de l’enquête à venir après la disparition des hommes travaillant dans la station de recherche.

True Detective (Night Country) © HBO

Pour ce que l’on peut en juger après trois épisodes diffusés, True Detective : Night Country excelle à instiller son atmosphère sombre et désabusée, avec des personnages principaux dont on pressent la ténacité et l’intégrité, le poids des responsabilités et le courage de les affronter ; des personnages secondaires tour à tour énigmatiques, victimes (de leur entourage, des lieux et d’eux-mêmes) ou dominateurs (du moins le croient-ils). En lorgnant du côté d’X-Files mâtiné de Cold Case, Night Country ne se départit pourtant pas de ce qui fait sa singularité : chaque nouvelle saison entend rompre avec la précédente pour mieux à la fois décevoir le spectateur et mieux l’embarquer à nouveau.

True Detective (Night Country) © HBO

C’est une des qualités et non des moindres de la franchise True Detective : déjouer invariablement l’attendu et les pré-supposés. Dès le générique, impossible d’emprunter un chemin qui aurait été balisé par une musique identifiable, reconnaissable d’emblée. Les compositeurs et les morceaux se sont succédés dans des rythmes et des genres foncièrement différents : du blues-rock rocailleux avec The Handsome Family (saison 1), la voix ténébreuse et suave de Leonard Cohen (saison 2), le morceau soul-jazz de Cassandra Wilson (saison 3). C’est Billie Eilish qui a été choisie pour l’ouverture de Night Country, avec « Bury a friend« , ballade électro-pop désespérée, syncopée et entêtante : le décalage tutoie la perfection.

© HBO

Si Night Country n’est donc pas une suite aux saison précédentes, Nic Pizzolatto a peut-être inventé quelque chose qui dépasse le genre de l’anthologie : une anti-série qui refuse de combler les attentes, rejette les intrigues toutes faites, installe de nouvelles figures d’autorité et entend habilement déstabiliser le spectateur pour mieux l’accrocher.

True Detective : Night Country » est disponible depuis le 15 janvier sur Amazon Prime Video, via le Pass Warner. créé par Nic Pizzolatto et Issa López. Avec dans les rôles principaux : Jodie Foster, Kali Reis, Finn Bennett, John Hawkes, Fiona Shaw. Produit par HBO. 2024.