Polar Park : trou détective

Et si au lieu de se résigner au spectacle compassé des comédies sentimentales de saison, on se payait une bonne tranche de frisson et de sourire made in France ? Entre Se7en et les romans policiers scandinaves où le froid et la neige sont au centre d’intrigues qui portent la marque du mystère et de secrets enfouis jusqu’au dégel, Polar Park (sur Arte.tv) est la preuve que la fiction française peut s’épanouir sur le terrain de la série policière sans avoir recours au pastiche ou à l’imitation.

Qui l’eut cru ? Il y a un tueur en série à Mouthe ! Connue pour être le point le plus froid de l’hexagone, la bourgade franc-comtoise va connaître une agitation incongrue au gré des meurtres successifs perpétrés et mis en scène de manière horrifique et énigmatique. Alors que la gendarmerie commence à enquêter – en pataugeant allègrement dans la poudreuse – les indices laissés par le meurtrier augurent d’une affaire difficile malgré l’engagement sans faille ou presque de la brigade locale.

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Ecrivain en panne d’inspiration alors qu’il tente (vainement) d’écrire son grand roman américain, David Rousseau revient dans le village où il a passé une partie de son enfance, mystérieusement convoqué par un religieux de la congrégation locale dans laquelle sa mère avait fait une retraite 9 mois avant sa naissance… au moment même ou un meurtrier laisse derrière lui quelques cadavres méthodiquement refroidis avec la régularité d’un sociopathe alpin.

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Jean-Paul Rouve prête sa nonchalance naturelle à ce personnage désabusé et incarne à merveille son David Rousseau qu’il avait déjà interprété dans Poupoupidou. C’est une des originalités (et non des moindres) de Polar Park : son créateur Gérald Hustache-Mathieu a repris (ou réutilisé, c’est selon) les codes, les personnages et une partie du casting du film sorti en 2011 dans lequel David Rousseau et l’adjudant Louvetot (Guillaume Gouix) menaient déjà l’enquête à Mouthe après le suicide suspect de Candice Lecœur, au passé troublant de similitudes avec celui de Marilyn Monroe. De passé, il est encore question dans Polar Park. Celui de David, écrivain morose en quête de ses origines et d’un livre qui le satisfasse, de Niki, bibliothécaire et chanteuse au bar des Flocons, de la confrérie de moines, de la mère de David… le passé, ingrédient déterminant alors que les meurtres se succèdent au fil des jours et que le temps les secrets semblent figés dans le froid rural.

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Avec un sens aigu du décalage, en racontant une histoire de serial killer au pays de la truite au bleu et des élixirs plus ou moins frelatés, Gérald Hustache-Mathieu signe une série subtilement référentielle, avec des dialogues savoureux, tout en ironie et délivrés par Rouve-Rousseau, Gouix-Louvetot et une galerie de personnages inquiétants, absurdes, attendrissants ou idiots à pierre fendre. Loin de copier les séries anglo-saxonnes ou de singer les films cultes, Polar Park offre son lot de déjà-vu rehaussé de trouvailles hilarantes et de pas de côté jubilatoires. Bien écrit, efficace, avec une tendresse toute particulière pour les lieux et les gens, Polar Park est une vraie réussite du premier épisode avec juste ce qu’il faut d’invraisemblances, de ressorts narratifs inventifs, de causticité et de peinture sociale dans une France reculée mais pas arriérée. Amateurs de romans noirs au coin du feu, fans d’humour glacial et sophistiqué, spectateurs exigeants ou non, tous y trouveront leur compte avec cette série qui fait de l’effroi dans le Doubs.

Polar Park, mini-série télévisée française en 6 épisodes de 52 minutes, créée et réalisée par Gérald Hustache-Mathieu et produite par Arte France et 2.4.7. MAX. Avec Jean-Paul Rouve, Guillaume Gouix, India Hair, Firmine Richard, Soliane Moisset, Jean-Claude Drouot, Féodor Atkine, Olivier Rabourdin, Clara Ponsot, Nicolas Pignon… Disponible sur arte.tv (ici