Emmanuel Macron aime lire. On connaissait déjà son goût pour la mythologie grecque antique, voilà qu’il dégaine à présent son amour du romanesque, dans un entretien à la Nouvelle Revue Française (pas moins). Son amour, ou plutôt celui qu’éprouve le « peuple français », épris d’aventures hautes en couleurs, de drame, voire d’un certain sens du tragique qui met en valeur les contrastes et exacerbent les émotions.

Brothers of the night

Ce serait si simple d’évaluer un film selon sa capacité ou son incapacité à appartenir pleinement d’un genre, ou parfois à en questionner les frontières. Ce serait d’autant plus simple que tout ce qui se fait d’intéressant par les temps qui courent, s’invente là, entre fiction et documentaire, entre essai et film d’artiste, entre deux. On se contente d’ailleurs le plus souvent d’entonner l’antienne auteuriste du franc-tireur, du cas à part, faute d’outils critiques réaffutés et d’une volonté affichée d’interroger notre système de valeur périmé, nos hiérarchies désuètes, et tout l’habitus critique obsolète qui chaque mercredi vers 14.00 entérine la circulation des fictions de flux, des rébellions d’auteurs en dérapage contrôlé comme des urgences documentaires réchauffées. Pourtant, les exceptions se multiplient, tant et si bien qu’il devient difficile de justifier de nos règles paresseuses pour les définir : les francs-tireurs se font légions, squattent les festivals, les prix, et les débats critiques, au risque parfois d’une pacification dangereuse (Attention ! une norme peut en cacher une autre !). Prenons donc les devants, ne parlons que des cas limites, de là où ça grippe, ça râpe, là où ça tire et où ça invente, encore : là où j’ai pu constater autrefois l’émergence d’un Tiers-Cinéma. C’est précisément là, loin des films-évènements autoproclamés, qu’évoluent les Frères, les Fratelli pasoliniens, les Brüder der Nacht de Patric Chiha.

Babi Badalov, Me Grant He Grant, 2015, Peinture sur tissu Courtesy galerie Jérôme Poggi, Paris
Babi Badalov, Me Grant He Grant, 2015, Peinture sur tissu
Courtesy galerie Jérôme Poggi, Paris

Les 28 et 29 janvier 2017, dans le cadre du festival « Hors Pistes », aura lieu la performance-symposium « Une Constituante migrante » sur une proposition de Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós / le peuple qui manque. Rassemblant des plasticiens, des écrivains mais aussi des théoriciens tels que Kader Attia, Camille de Toledo, Laurent de Sutter, Catherine Coquio, Barbarin Cassin, Marielle Macé ou encore Étienne Balibar, il s’agira d’élaborer une réflexion en acte autour de la question de l’ébauche d’une communauté négative.

Camille de Toledo
Camille de Toledo

Après avoir clôturé en 2014 son ample et vertigineuse trilogie européenne avec Oublier, trahir, puis disparaître, Camille de Toledo offre en cette rentrée 2016 Les Potentiels du temps en compagnie de Kantuta Quiros et Aliocha Imhoff, large et vibrante réflexion sur notre époque hantée de fins et de catastrophes, en particulier dans ses rapports à l’art et à la politique. Premier volet d’une nouvelle trilogie qui examinera philosophiquement et plastiquement ce temps de la charnière d’un siècle l’autre, Les Potentiels du temps revient pour les reprendre et les prolonger en des voies nouvelles sur des questions au travail chez Camille de Toledo depuis son premier essai, L’Adieu au XXe siècle paru il y a bientôt une quinzaine d’années. L’occasion pour Diacritik d’interroger l’écrivain sur l’ensemble d’une œuvre qui compte désormais comme l’une des plus singulières et importantes du contemporain.

Lionel Ruffel poursuit depuis dix ans une réflexion dense sur la notion de contemporain. La parution de Brouhaha chez Verdier en est une étape importante et Johan Faerber en a retracé quelques jalons dans plusieurs articles ces derniers jours (Mettre un terme, Français encore un effort pour être contemporains et De quoi le contemporain est-il le nom ?). Deux soirées, aujourd’hui et demain, à la Maison de la Poésie et à l’espace Khiasma, viendront poursuivre la réflexion, la mettre en perspective et en voix. En voici le programme.

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