On le sait depuis son premier film, Ruben Östlund est un cinéaste talentueux, l’un des plus intéressants du PC (paysage cinématographique). On le sait depuis son premier film, Ruben Östlund n’est pas le cinéaste le plus subtil du monde, plus Marco Ferreri que Antonioni… L’ironie étant qu’il prend un malin plaisir à montrer que justement le monde n’est pas plus fin que ses films  en brossant le portrait des happy few qui se pensent au-dessus de la plèbe : familles modèles, intellos bourgeois bohèmes et ici les grands vainqueurs du capitalisme.

Palme d’or surprise du dernier festival de Cannes,  The Square aura donc suscité la controverse, ce qui est le propre d’une Palme d’or : audacieux pour les uns, caricaturales pour d’autres, le film de Ruben Östlund, déjà réalisateur du très prometteur Snow Therapy divisait la critique. La polémique est naturelle, on peut penser qu’elle ne déplaît pas au réalisateur qui fait montre d’un véritable goût pour la provocation. Cependant, au-delà des critiques, forcément subjectives et pour la plupart totalement légitimes, on peut se demander si chez quelques uns, ce n’était pas le film mais son propos dérangeant qui posait problème : la remise en question de nos bonnes consciences, le regard lucide sur l’humanisme affiché des belles âmes. The Square n’épargne pas les intellectuels aux grandes idées, on peut imaginer que se retrouver chez le héros un peu pathétique du film n’a pas forcément plus à tous.