Hypnotique Rombo d’Esther Kinsky ! Rombo = grondement précurseur d’un tremblement de terre (le mot italien). « Cette rumeur inouïe, inquiétante et profonde, dure plusieurs minutes avant que se déclenche le tremblement de terre proprement dit », lit-on dans le livre. Or le livre a pour projet de cerner ce que fut le séisme du 6 mai 1976 qui a dévasté le nord-est de l’Italie, et ce par les différentes approches que se donne l’écrivaine-géographe-peintre-conteuse (c’est moi qui lui prête de tels attributs…). 50 ans plus tard donc, Esther Kinsky nous fait revivre le drame à travers les monologues de sept personnages qui alternent avec la description des sites que bouleversa le tremblement de terre.

Samuel Beckett disait d’Emmanuel Bove qu’il avait le sens du détail touchant. Il me semble qu’on pourrait reprendre cette remarque au sujet de Peter Handke, et pas seulement parce que ce dernier a traduit en allemand plusieurs textes de l’auteur de Mes amis. Encore faudrait-il préciser que “touchant” n’est pas à prendre selon l’acception sentimentale du mot, mais de la manière la plus matérialiste qui soit. Cela nous touche comme une main amie peut concrètement nous toucher, par surprise : on le sent physiquement, comme on le ressent émotionnellement.