Roman posthume, adaptations de ses livres en bandes dessinées, recueils de chroniques diverses, de critiques de films, d’analyses ludiques, journal, correspondance, théâtre, désormais volume d’entretiens : le nombre des publications post mortem excède largement celui des parutions du vivant de Jean-Patrick Manchette – surtout si l’on ajoute les romans d’espionnage écrits pour un éditeur ayant fait faillite avant leur parution. Cette volonté de prolonger et d’éclairer l’œuvre de l’auteur de polars, que l’on doit notamment au travail minutieux de son fils Tristan (dit Doug Headline), met en valeur un édifice étonnant, brut et complexe à la fois, jamais complaisant.

Il est complexe d’écrire sur Manchette non dans la position du tireur couché mais dans celle du critique et universitaire : dans les Lettres du mauvais temps, formidable livre qui rassemble sa Correspondance entre 1977 et 1995, Manchette écrit que « les journalistes (…) n’ont plus le temps de lire », il n’y en a « pas un seul (…) à qui on puisse faire confiance », ajoutant, concernant les seconds que sans faire « d’anti-intellectualisme a priori (…) c’est un fait que tous les universitaires actuels, stricto sensu, sont des crétins ». Le ton est donné : la correspondance de Manchette est sans concession, noire, et pas seulement parce que son auteur est le maître du genre.