Pour Silvina Ocampo (Buenos Aires, 1903-1993), l’acte d’écriture allait au-delà de la publication elle-même. Elle se livrait en effet à une écriture secrète, car elle cherchait à demeurer dans l’ombre, loin des obligations sociales que le milieu aisé dont elle était issue lui imposait. Dans son livre posthume Sentinelles de la nuit, nous découvrons cet univers nocturne, où les différentes formes fragmentaires explorées sont autant de tentatives – volontairement ratées – d’un autoportrait.

Dans les prisons de la dictature franquiste, la faim, la torture et la mort étaient le quotidien, mais existaient aussi la solidarité, la constitution d’une communauté, qui permettaient de résister et de survivre.
C’est ce que le journal de l’écrivain, cinéaste et traducteur espagnol Manuel de la Escalera nous montre avec précision et sobriété. Dans Mourir après le jour des Rois, il retrace ses premiers jours dans les couloirs de la mort de la prison d’Alcalá de Henares, entre décembre 1944 et janvier 1945.

« Soy íntima », ainsi se définissait l’écrivain argentin Silvina Ocampo (1903-1994). Car à la différence de sa célèbre sœur Victoria Ocampo, fondatrice de la revue Sur, et de son mari l’écrivain Adolfo Bioy Casares, elle préférait rester dans l’ombre, loin des obligations et des compromis que sa position au sein d’une famille riche et cultivée supposait. Comme s’il s’agissait d’une manière de préserver sa liberté, afin de créer son univers unique et complexe, obscur et lumineux à la fois. Ce qui explique sans doute la place marginale qu’elle a occupée pendant longtemps dans la littérature argentine.

António Lobo Antunes
António Lobo Antunes

« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde » (Jean Genet)

« Le monde a été fait à l’envers », a dit un jour un vieil homme dans un hôpital psychiatrique à António Lobo Antunes. Un homme que « les médecins appelaient schizophrène » et qui, en proie à ces mots qui le torturaient, a donné au jeune écrivain la plus simple leçon d’écriture qui soit : on ne peut écrire qu’à partir de ce qui précède les mots. Par Melina Balcazar Moreno.

Mario Vargas Llosa
Mario Vargas Llosa

Mes sept années parisiennes furent les plus décisives de ma vie. C’est ici, en effet, que je suis devenu écrivain, ici que j’ai découvert l’amour-passion dont parlaient tant les surréalistes et c’est ici que je fus plus heureux, ou moins malheureux, que nulle part ailleurs.

Affirmée avec une telle intensité en 2005 à la Sorbonne, à l’occasion de la réception de son doctorat Honoris Causa, la relation de l’écrivain Mario Vargas Llosa avec la France, sa langue et sa littérature, est en effet passionnée et fidèle : depuis sa jeunesse, à Lima, dans son Pérou natal, jusqu’à aujourd’hui, cette langue a laissé une empreinte profonde dans son œuvre. Car c’est paradoxalement à Paris qu’il a découvert l’Amérique latine et qu’il s’est découvert lui-même en tant que latino-américain. Par Melina Balcazar Moreno.