Sans doute est-ce toujours un enfant qui, absolu et écrasé de douleur, dit la littérature. Sans doute est-ce toujours ce même enfant qui, de très loin, appelle en lui le devenir, réveille en lui le monde terrassé de ruines, sait le poursuivre depuis tout décombre, y survit de pâleur consumée, continue des ses poings neufs ce dont plus personne n’a résolument la force. Sans doute est-ce toujours ce même enfant qui sait combien la parole saura surgir en lui, qu’elle se fera à nouveau le miracle de ce qui saura dire, encore. Car c’est toujours un enfant qui dit la littérature tapi dans l’ombre, qui sait sans savoir qu’il franchit la barrière de la parole, qu’il s’arrache au silence et que lorsqu’il parle il creuse la survie en lui de la littérature ou le nom qui en reste au seuil d’un présent toujours reculé à soi.

Lionel Ruffel
Lionel Ruffel

Quelques jours avant la sortie — le 11 février prochain — et la critique sur Diacritik de Brouhaha, puissant essai de Lionel Ruffel qui questionne le contemporain comme concept pour dire notre temps, retour sur le premier effort réflexif du critique littéraire, Le Dénouement. Paru en 2005 chez Verdier dans la collection « Chaoïd », s’y dévoile déjà l’essentiel d’une pensée parmi les plus neuves de l’époque.