Quelques années après Le Cercle (The Circle, 2013), Dave Eggers publie Le Tout (The Every, 2021), qui vient de se voir traduit en France, chez Gallimard, par Juliette Bourdin. Le Cercle annonçait explicitement Le Tout. Bailey, l’un des fondateurs de la puissante entreprise technologique, déclarait alors à Mae : « Comme tu le sais, le Cercle lui-même s’efforce d’être entier. Nous essayons d’atteindre la complétude du cercle au Cercle ». Le c du logo n’a plus qu’à être fermé pour devenir un « cercle parfait », un Tout. C’est désormais chose faite et… c’est terrifiant.
Le cercle
Il est toujours intéressant de lire un roman des années après sa publication, alors que le contexte de sa parution a changé : Le Cercle de Dave Eggers est sorti en 2013 — 2016 en France dans une traduction d’Emmanuelle et Philippe Aronson. Si le livre était présenté comme un texte dystopique, il montre aujourd’hui toute son acuité d’alors et il garde toute sa pertinence littéraire face à l’actualité récente. Il n’est plus une alerte mais la description, acide et aiguë, d’un monde contemporain gouverné par les algorithmes et un impératif de transparence, menant à toutes les dérives éthiques et les systèmes techopolitiques autocratiques.
Il serait dommage de ne voir en Jafar Panahi qu’un symbole de la liberté victime de l’intégrisme islamiste. Bien entendu, il est impossible de l’oublier et il n’est pas question une minute de l’oublier, comme on n’oubliera pas le cas de Kiril Srebennikov, cinéaste russe maintenu sous résidence surveillée par le régime autoritaire de Vladimir Poutine.