Sabine Huynh a écrit un livre magnifique et d’une grande générosité. D’une écriture aussi élégante et douce que rigoureuse et opiniâtre, l’autrice parvient à capturer ce qui, dans une vie humaine, tient de l’indicible. Elle saisit cette part mystérieuse de nous-mêmes qui, malgré les périls d’une biographie, comporte la possibilité d’un choix, d’un acquiescement, d’une création. Elvis à la radio est une expérience de littérature dans sa dimension la plus essentielle : quelque chose comme une façon de bricoler avec l’invivable.

« Ce que j’espère, du lecteur, c’est de l’interprétation ».
Camille de Toledo

Le livre de la faim et de la soif est un roman difficile à présenter parce que ses qualités ont la même teneur que le cœur fuyant de l’existence qu’elles nous font toucher du doigt : elles sont aisées à ressentir mais périlleuses à saisir avec les mots de la langue.
Camille de Toledo a construit un dispositif de narration complexe, un labyrinthe miroitant dont les facettes nombreuses se reflètent les unes les autres dans une incandescence narrative qui nous immerge au cœur du tumulte de notre monde en pleine mutation. Du début du livre jusqu’à la fin, le lecteur se trouve précipité dans la quête aventureuse d’un personnage abyssal, un livre à vrai dire, avec ses pages et sa reliure, un livre donc, obsédé par le désir de sortir de lui-même pour entrer dans la vie.