C’est une longue et belle lettre, comme on n’en écrit plus, adressée par Sophie Bessis à Hannah Arendt. Une causerie entre deux femmes. Elles « se parlent », avec plus de quatre décennies de distance. Le cadre est celui de la pandémie, avec ses silences propices à la réflexion, et à toutes les grandes interrogations que le virus suscite sur des sujets fondamentaux. Lorsque deux femmes sont face à face, elles ont beaucoup de choses à se dire, pour notre grand bonheur.

« J’essaye au quotidien d’être le colibri qui transporte dans son bec sa goutte d’eau pour éteindre l’incendie ».

Dans son ouvrage qui vient de paraître aux éditions Elyzad à Tunis, Je vous écris d’une autre rive. Lettre à Hannah Arendt, Sophie Bessis offre à la lecture un précieux joyau. Historienne, journaliste, elle nous a habitués à des ouvrages denses, précis, documentés. Cette « lettre » écrite à une femme qui, comme le précise la quatrième de couverture, « occupe une place particulière dans la pensée du XXe siècle », donne la quintessence de ses ouvrages : l’originalité et l’audace du sujet, la clarté de l’argumentation, l’érudition présente, jamais écrasante mais donnée en partage, la fluidité heureuse de l’écriture.