Il est des œuvres qui traversent notre contemporain comme autant de cristaux de temps, rassemblant le présent, revisitant le passé et nous jetant dans l’avenir. Intense, puissant et incandescent, Tous doivent être sauvés ou aucun, le nouveau et grand roman de Véronique Bergen, en fait assurément partie.

Marc-Antoine Serra © Jean-Philippe Cazier

A l’occasion de son exposition à Paris, A backroom is a backroom is a backroom, à la Galerie Arnaud Deschin, rencontre avec le photographe et vidéaste Marc-Antoine Serra pour un entretien où il est question, entre autres, d’images et de littérature, de désir, de Walter Benjamin et de Roland Barthes, de Marseille, de Cézanne, de BD, d’imaginaire, d’Instagram, de jeunesse ou de solitude.

Suite des entretiens d’Emmanuèle Jawad autour de « création et politique ». Après Véronique Bergen, Nathalie Quintane, Sandra Moussempès, Leslie Kaplan, Vannina Maestri, Marie Cosnay et Jennifer K Dick et Marie de Quatrebarbes, c’est aujourd’hui Liliane Giraudon qui évoque les implications poétiques et politiques de son travail.

mecc81zenc3Elles en chambre, de Juliette Mézenc, interroge les conditions, les processus et les finalités de l’écriture. Mais il ne s’agit pas d’un essai, puisque le livre se situe dans une sorte d’espace nomade et multiple où la réflexion, la rêverie, la fiction, la poésie se rencontrent pour créer un livre et un discours atypiques qui déplacent et débordent les frontières, les limites des êtres, des genres, des langages.

Il y a dix jours, j’ai pensé que pour écrire un livre, on doit mixer 10 ingrédients. J’en note un par jour depuis dix jours. Chacun est premier dans mon cœur. Chacun à sa manière a ma préférence. Chacun est précieux et nécessaire. Même s’il se pourrait qu’ils soient incompatibles et que leur coexistence pacifique dans le livre ne soit pas gagnée d’avance.

On ne sait si rendre hommage à une personne décédée est s’efforcer de la faire malgré tout présente – malgré la frontière infranchissable de sa mort, malgré son absence définitive, à jamais irréversible, malgré son oubli –, ou s’il s’agit de manifester son absence, de rendre présente son absence, de manifester sa mort qui est toujours la mort et donc, aussi, la manifestation de sa vie, de la vie, d’une vie.

Le titre du livre de Liliane Giraudon, Madame Himself, est immédiatement énigmatique. « Himself » est-il le nom de la dame en question comme, dans Les Demoiselles de Rochefort, le personnage joué par Piccoli se nomme Dame, Monsieur Dame ? Ou bien s’agit-il du pronom personnel anglais, « lui-même » ? Dans ce cas, serait normalement attendu « herself », ce qui correspondrait au genre féminin et annoncerait donc une vérité, l’énoncé de l’identité réelle de « Madame » : Madame elle-même. A moins que « Madame » ne soit « Monsieur » – mais pourquoi alors le nommer « Madame » ? Et pourquoi un mot anglais accolé au français « Madame » (ou l’inverse) ? Dans Madame Himself, il s’agit donc au moins du genre, de la langue, de la nomination, de l’identité. Mais les configurations habituelles qui organisent chacun ainsi que leurs rapports y sont questionnées, troublées, perturbées – trouble qui concerne l’être autant que l’écriture, le rapport à soi autant que les pouvoirs du langage, le biographique autant que la poésie.