Jean-Luc Godard

Si les connexions entre poésie contemporaine et cinéma apparaissent d’emblée dans la réappropriation du cinéma en tant que sujet, thématique, figures, par le texte poétique, et en particulier dans les références filmiques très présentes qui entrent dans la composition des textes poétiques, le réinvestissement des pratiques cinématographiques dans le poème reste un axe des plus intéressants de convergences, d’influences, de porosité entre les deux domaines. La confrontation du texte poétique avec les outils techniques de l’écriture cinématographique sera ainsi l’axe privilégié dans cette première approche de la question « poésie contemporaine et cinéma », sous l’angle de leurs interférences et de leurs connexions.

Portraits

Les César, le Festival de Cannes se plient à leur manière à la pratique obligée de l’hommage avec la séquence « ils nous ont quitté cette année »… et la rubrique « Portraits » de Diacritik a parfois pris des allures d’obituaire, au corps défendant de la rédaction tout en assumant la relative nécessité de l’exercice. Mais dans ces pages, si Cimino, Bonnefoy, Bowie, Ricardou, Prince, Scola, Akerman, côtoient Daho, Lefranc, Benoît Virot, Renaud Monfourny, Enki Bilal, c’est pour mieux revenir, analyser, éclairer, en prenant le temps du recul et pour aller plus loin que l’immédiateté journalistique. Pour « Portraitiser » en somme, pour reprendre le terme de Jean Vautrin dans Le voyage immobile.

043550

 

Un œil est filmé en gros plan et l’œil devient l’écran entier.

L’œil filmé a les couleurs bleues de l’œil et se recouvre de reflets, diffracte la lumière qui à sa surface se reflète.

L’œil devient un miroir moins pour ce qui est vu que pour ce qui dans le visible n’est pas vu : un croisement désordonné de lignes, des bifurcations du visible, les tracés divergents de la lumière, de la couleur, du monde.

L’œil ainsi filmé est l’œil de la cinéaste et de la caméra.