Été 1930 : les vestiges d’une expédition polaire de 1897 refont surface sur l’île Blanche, dans le Svalbard. Salomon Auguste Andrée, Knut Fraenkel et Nils Strindberg avaient alors tenté d’atteindre le pôle Nord en ballon et avaient mystérieusement disparu. Hélène Gaudy sonde cette énigme dans un roman depuis les traces documentaires du moment — négatifs photographiques, journal de l’expédition — et les rêveries nées de ces éléments factuels, dans un récit qui interroge l’effacement, l’aventure (du et) des sens, l’enquête comme porte de glace qui nous sépare de la fiction. À livre exceptionnel, large couverture du roman dans nos colonnes lors de sa sortie en grand format, trois articles et entretien que Diacritik vous propose de retrouver alors qu’Un monde sans rivage sort en poche chez Babel.

L’autre jour, dans le métro, un pickpocket malchanceux a dérobé dans mon sac à dos l’agenda très ordinaire où je consigne mes rendez-vous et autres obligations quotidiennes, ainsi qu’un carnet de notes. N’ayant aucune chance de les retrouver, je tente de reconstituer de mémoire ce qui s’y trouvait inscrit, ce qui me renvoie à ces heures d’été encore chaudes quand, assis face au Nord, à l’ombre des rochers en bord de mer, je lisais quelques nouveautés de la rentrée à venir, crayon et carnet en poche.

Les lecteurs d’Hélène Gaudy savent que dans ses livres le paysage n’est pas qu’un espace à arpenter : c’est dans Une île une forteresse une épaisseur d’histoire à traverser et qui vous traverse à son tour, comme des strates sédimentées, ou un feuilleté d’archives, à la manière de W. G. Sebald ; c’est aussi une force qui bouleverse la physiologie et décadre les repères familiers, comme dans Grands lieux.