À la suite de la récente et énième séquence homophobe de Touche Pas à Mon Poste !, on peut se demander si à l’ère d’Internet, les émissions de plateau tels Touche Pas à Mon Poste !, On n’est pas couché ou Salut Les Terriens ne sont pas devenus des monstres. La persistance de ces émissions (et leur propension à l’excès autant qu’à la vacuité) n’illustre-t-elle pas la célèbre citation de Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres » ?

Action LGBTQI devant le CSA

Depuis plusieurs jours, une stratégie de pinkwashing se met en place dans les médias. Quelques dizaines d’annonceurs, qui jusque-là avaient richement financé l’émission TPMP, se découvrent des valeurs, une morale, affirmant que l’épisode du piège tendu par Hanouna à des hommes gays serait contraire à ces valeurs. Ces entreprises qui payaient pour que leurs publicités soient diffusées durant l’émission se retirent, drapées dans un Rainbow Flag, mettant un terme au financement de TPMP. Pourtant, cet épisode n’est pas un « dérapage », selon le mot utilisé dans la presse pour atténuer la charge de la critique, un accident différent de ce qui se passe d’habitude dans l’émission : il n’est qu’un moment d’une série continue de propos et de mises en scène homophobes et sexistes.

L’émission d’Hanouna, pourtant regardée par des millions de téléspectateurs, n’en est pas moins une vieille poubelle jouissant de ses propres remugles. La vulgarité permanente et gratuite – on est loin de l’art anarchiste du professeur Choron – y est omniprésente, les séquences machistes et homophobes s’y enchaînent, délivrant un discours qui, de manière primaire et « décomplexée », réactive sur le mode du langage et de la représentation la violence symbolique, matérielle et physique qui règne à l’égard de catégories de la population toujours objectifiées et infériorisées. L’émission d’Hanouna légitime cette violence – et n’en reste pas elle-même au niveau du symbolique et de l’image mais présente des passages à l’acte. On se souvient, par exemple, du « baiser » subi par une jeune femme forcée de se soumettre à Hanouna et à un de ses chroniqueurs. On pense aussi à la violence psychologique permanente qui est exercée sur certains des collaborateurs, contraints de se rabaisser chaque jour davantage pour exister quelque part dans le PAF et toucher leur chèque à la fin du mois.

Sur cette image, Vanesse Burggraf essaie d’épeler « oignon » à la ministre

Peut-être faudrait-il rappeler ici à Vanessa Burggraf, au regard de la terrible séquence qui l’a opposée à Najat Valaud-Belkacem dans On n’est pas couché, ces quelques mots très simples de Madame de Duras, et cela devant une nouvelle séquence de désinformation assénée avec la tranquillité de la bêtise à front de taureau : « Le vrai fait ce qu’il peut ; le faux fait ce qu’il veut. »