Le titre du « Libelle » qu’Emmanuel Beaubatie vient de publier, Ne suis-je pas un.e féministe ?, reprend une question posée plusieurs fois au cours de l’histoire. « Ne suis-je pas une femme ? » fut celle adressée par Sojourner Truth à la Convention des droits des femmes, en 1851, celle reprise en titre de son livre par bell hooks en 1981. Cette question, à la fois dépliée et décalée (femme, féministe), dit un questionnement essentiel, complexe, qui touche à la place d’un certain nombre de personnes dans les mouvements féministes : les trans, les lesbiennes, les femmes portant un foulard, les travailleuses du sexe, etc. dont la place n’a cessé d’être au mieux interrogée, au pire contestée, à coup d’exclusions et de violentes polémiques.