Erri de Luca

Trois livres d’Erri de Luca paraissent ce mois-ci chez Gallimard, comme la partition ou le feuilleté de l’ensemble de son œuvre : une pièce de théâtre, Le Dernier voyage de Sinbad ; un livre de correspondances avec le biologiste Paolo Sassone-Corsi, Le Cas du hasard ; et un recueil de courts récits, Le Plus et le moins, composant ce que l’écrivain nomme un « atlas », s’achevant sur trois poèmes.
Diacritik a rencontré Erri de Luca, pour un entretien vidéo en trois parties, dans lequel l’écrivain italien évoque Naples, l’écriture, sa haine de la notion d’identité, sa passion pour le récit oral et la littérature destinée, comme il l’écrivait dans Le Tort du soldat (2014) à « rétablir le nom des choses ».

Gilles Deleuze (DR)
Gilles Deleuze (DR)

Deleuze ironiste ? Deleuze éducateur ? Il faut commencer par camper le décor qui vit surgir ce personnage équivoque. Imaginons Bruxelles au tournant des années 1980. A la fin de la décennie, l’atmosphère du campus de l’Université – de l’Univers et de la Cité – aura changé du tout au tout. Remise en ordre et au pas des esprits et des apparences : coupés, les longs cheveux en bataille et les barbes hirsutes ; remisés, les vêtements aux couleurs vives et les foulards bariolés – ce sera désormais le règne uniforme de la monochromie, des coupes sévères, des épaulettes démultipliant la carrure des filles non moins que des garçons.

Dans son dernier roman, Mathias et la Révolution, Leslie Kaplan explore Paris lors d’une folle journée, un lundi 20 mai sans année, un aujourd’hui pris entre le passé des révolutions antérieures (astronomiques, politiques, esthétiques, sociales) et l’avenir à construire. Dans le beau volume que coordonne Mireille Hilsum chez Garnier dans la collection « Écrivains francophones d’aujourd’hui », c’est toute l’œuvre de Leslie Kaplan qui se voit arpentée, depuis un présent, lecture et analyse de ses ouvrages passés comme aventure d’une écriture ; une forme de Depuis maintenant.

Mathias est un piéton de Paris. Un lundi 20 mai, il arpente les rues d’une ville sous tension, prise dans une forme d’urgence, un Paris post- et pré-révolutionnaire en quelque sorte, gros de révolutions passées (le 20 mai 1795, 1er prairial, le lundi 20 mai 1968) et du rêve d’une nouvelle révolution : « La Révolution n’a jamais lieu une fois pour toute ».

« Les images vivent à l’intérieur de nous » déclarait récemment Bill Viola à la manière d’un parfait exergue qui s’ignorerait au très beau et très délicat récit de Laurent Jenny, Le Lieu et le moment, paru il y a peu chez Verdier. Sans doute cette sentence du plasticien américain sur l’incessante et secrète vie des images donne-t-elle à contempler au plus intime et au plus nu de soi le projet de Jenny, celui d’un homme qui, patiemment, entreprend de se raconter depuis les événements qui ont su faire image en lui, devenir collection permanente de son existence et s’imposer comme le mémorable d’un destin traversé de ce que l’auteur désigne d’emblée comme ces images sans détour, « littérales comme les nuages du ciel, les fourmis dans l’herbe ».

Avec Pulsions pasoliniennes, Fabrice Bourlez entraîne Pasolini dans un jeu singulier et étrange. En effet, l’œuvre de Pasolini est dans cet essai moins confrontée que greffée à celles d’autres auteurs, ou de philosophes et essayistes, pour rendre possible que se dessinent des idées nouvelles, des directions, des questionnements de ce que nous sommes et de ce que nous pourrions être ou ne plus être. Il y est ainsi question de corps, de sexualité(s), de queer, de psychanalyse, d’écriture, d’images, de politique – et d’un dehors qui toujours nous emporte vers des devenirs encore inconnus.

Après avoir rouvert définitivement l’exposition de la BNF Les écritures de Roland Barthes, Diacritik vous propose une visite virtuelle de Patrice Chéreau, un musée imaginaire, qui a fermé ses portes le 18 octobre 2015. Nous voici dans les salles de la Collection Lambert, en Avignon, le week-end même de la fermeture.

Garrel1Dans un bar du 10e arrondissement, au cœur de la trame légère et bientôt grave des Chansons d’amour de Christophe Honoré, Ismaël, interprété par Louis Garrel, lance à Julie et Alice, les deux compagnes de son ménage à trois, qu’en dépit de leurs rires et doux complots contre lui, elles auront beau faire : « La Guerre à trois n’aura pas lieu ». Si cette formule, toute d’élégance et de brio, vient accompagner le cinéma de Christophe Honoré, sans doute pourrait-elle, à l’évidence, se tenir plus particulièrement à l’orée du premier long-métrage de Louis Garrel Les Deux Amis dont elle éclaire le gracieux triangle amoureux, entre quadrature du cercle et impossibles mais tendres lignes parallèles.