Un jour j’ai pris un car à Vientiane et le soir j’ai marché au bord du Mékong, pas pour me réfugier là-bas ; pas pour me cacher à Luang Prabang ou me réfugier dans un temple, changer de visage ou changer de nom, troquer mon corps contre un corps antérieur, une silhouette plus souple, une pensée plus fluide, non : pour trouver une issue à la peur, pas quelque chose qui lutterait contre elle, qui lui répondrait par une violence équivalente ou une brutalité identique, plutôt un subterfuge, une solution oblique dans un monde intermédiaire, suivre les chemins des serpents, suivre les ondulations des nâgas dans leurs royaumes liquides, passer en Thaïlande, longer les lacs et les marais jusqu’au Cambodge, les canaux, les rizières, m’égarer dans la jungle d’Angkor.