Le second épisode de la série Faits divers à la une (Arte), diffusé juste après Roswell, se déroule cinquante ans plus tard, sous un pont parisien. C’est ce moment que Robert McLiam Wilson, dans une tribune récente publiée dans Libération, a qualifié de « triomphe du rien », expression qui dit bien le paradoxe oxymorique d’un fait en apparence sans importance pourtant susceptible d’un emballement infini, en ce sens passionnant parce qu’il révèle nos imaginaires, nos constructions fictionnelles comme un moment de l’histoire sociale.

Lydia Flem se souvient. Assumant la référence à Georges Perec et à Joe Brainard (« je me souviens que Joe Brainard écrit dans I remember : « je me souviens que je m’habille complètement avant de mettre mes chaussettes » », elle passe en revue 479 fragments de mémoire, tous centrés sur les vêtements et la mode — 479 et non 480 comme chez Perec, auquel le livre est dédié. Le dix-septième Je me souviens rappelle Sami Frey « en costume sur son vélo, jouant à l’Opéra–comique les quatre cent quatre-vingt « je me souviens » de Georges Perec » et le trois-centième est un « je me souviens que Georges Perec se souvenait de la mode des duffle-coats ».