Il y avait trente-huit ans qu’on n’avait pas vu à Paris d’oeuvres de Janice Biala, la grande peintresse américaine d’origine polonaise. La galerie Pavec a eu l’excellente idée d’organiser une exposition à la thématique resserrée du 23 octobre au 20 décembre. C’est l’occasion d’enfin aller voir « en vrai » les oeuvres de cette peintresse hélas rare en France, où elle passa pourtant plus de la moitié de sa vie, et qui demeure méconnue malgré un parcours artistique particulièrement impressionnant. Diacritik republie l’article de Carine Chichereau sur Janice Biala, qui souligne justement les caractéristiques les plus éminentes de son parcours entre deux continents et différents styles.

« J’ai toujours eu Matisse dans le ventre. »

En dehors de la peinture, Janice Biala eut deux grandes amours dans sa vie : la France, et l’écrivain Ford Madox Ford. Née dans une grosse ville de garnison en Pologne, alors sous domination de la Russie tsariste, elle connut très jeune New York et la bohème de Greenwich Village ; Provincetown à l’époque où c’était encore un village d’artistes et de pêcheurs ; le Paris bouillonnant de l’entre-deux-guerres, où elle fréquenta entre autres Gertrude Stein, Ezra Pound, Henri Matisse, Pablo Picasso et Piet Mondrian. Après avoir fui l’Europe nazie, elle fut la mécène de Willem de Kooning ; participa à la fondation de l’expressionnisme abstrait à New York aux côtés des plus grand.es artistes de l’époque ; puis elle revint s’installer en France, comme Joan Mitchell et Shirley Jaffe, où elle finit par être classée dans « l’école de Paris », avant de s’éteindre avec le XXe siècle.