L‘émergence du gilet jaune dans l’espace de Facebook remonte à une époque où nous demandions à rejoindre des groupes qui n’étaient pas encore des pages. Parmi les plus populaires de l’année 2008, deux d’entre-eux remportaient de forts suffrages : le premier se moquait des « beaufs » qui dans l’avion applaudissent à l’atterrissage (« pour l’interdiction d’applaudir à l’atterrissage« , 1166 membres). L’autre, réagissait « contre les cons qui foutent leur gilet jaune fluo sur le siège auto” (1600 membres) ou « contre les cons avec leur gilet jaune en évidence sur leur siège de voiture » (541 membres).

Sans doute Flaubert n’imaginait-il pas en écrivant Madame Bovary qu’un jour Homais, l’apothicaire bavard d’Yonville, sauterait le pas et que, près d’un siècle et demi plus tard, de simple personnage et parlure folle ressassant toutes les idées reçues de son époque, il deviendrait à son tour un jour romancier. Sans doute Flaubert n’aurait-il pas ainsi osé imaginer que, prenant la plume, Homais romancier serait ainsi, à l’horizon des années 10, spectaculairement admiré de tous et qu’il aurait, pour l’occasion, pris une nouvelle identité : Michel Houellebecq.

Au mois de juillet de cette année, Steve Bannon a annoncé la fondation de The Movement, formation destinée à unifier les opposants souverainistes et nationalistes à l’Union Européenne. Le nom et la physionomie de cet ancien conseiller de la Maison Blanche commencent ainsi à nous devenir plus familiers. Pour qui aura visionné des épisodes récents de la série Homeland, son image vient se superposer mentalement à celle de Brett O’ Kieffe, le nouveau protagoniste introduit depuis la saison 6.

Depuis une semaine bientôt, troquets, réunions à la machine à cafés ou encore attroupements à la photocopieuse ne bruissent que de l’affaire Zemmour, celle qui, dimanche dernier, le vit affirmer à Hapsatou Sy que son prénom ne se contentait pas de pas être assez français mais qu’il était, en outre et pour finir, « une insulte à la France ».

Avec Herzl : une histoire européenne, qui paraît ces jours-ci aux éditions Denoël, Camille de Toledo livre, avec l’inventive compagnie d’Alexandre Pavlenko, son premier roman graphique. Plus que jamais attentif aux formes les plus contemporaines d’expression, Camille de Toledo choisit ici, de manière aussi inattendue que neuve, de déployer le sombre récit d’une figure historique du judaïsme, Theodor Herzl, en la donnant littéralement à voir par les noires illustrations de Pavlenko dans toute sa puissance tragique.

Orwell & Churchill

Thomas Edwin Ricks est une figure du journalisme américain. Spécialiste des questions de sécurité et du domaine militaire, il a été récompensé, par deux fois, par le prix Pulitzer pour ses reportages, en 2000 pour le Wall Street Journal et, en 2002, pour le Washington Post. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Fiasco: The American Military Adventures in Iraq (2006) et The Gamble: General David Petraeus and the American Military Adventure in Iraq, 2006-2008 (2009), qui ont été deux immenses succès de librairie et qui ont montré comment l’administration Bush et l’armée américaine se sont fourvoyées en Irak. Thomas E. Ricks travaille désormais en journaliste indépendant et collabore régulièrement au New York Times, au Washington Post, au New Yorker, à la BBC, à Sky News, au Guardian et fait partie de la rédaction du magazine Foreign Policy.
Comment un journaliste spécialiste des affaires militaires a-t-il pu s’intéresser à deux monuments, l’un politique, l’autre littéraire ? Et comment diable Thomas Ricks s’y est-il pris pour unir ces deux personnalités de l’histoire du vingtième siècle au Royaume-Uni ?

Claude Simon (1913-2005), victime malgré lui d’un canular réactionnaire

Claude Simon, ce serait, décidément, mort ou vivant, l’éternelle bataille de la phrase. Telle serait la conclusion hautement morale et finement désabusée qui viendrait conclure le canular dont chacun depuis lundi s’émeut : deux amis, Serge Volle, écrivain et peintre de 70 ans et un « ami écrivain très connu dont Volle ne veut pas dire le nom » affirment qu’aucun éditeur aujourd’hui « n’accepterait de publier Claude Simon ». Décision est alors prise d’envoyer 50 pages du Palace, roman de Claude Simon, à « dix-neuf éditeurs, petits et grands ». Le constat est sans appel : sur les 19 éditeurs dont le nom demeure un mystère dans l’histoire de l’humanité, 7 ne prennent pas la peine de répondre quand 12 le refusent au prétexte notamment de « phrases sans fin… qui font perdre le fil au lecteur ». La démonstration serait donc faite, et elle prendrait les allures d’un crime de lèse-majesté de la Littérature même : le Prix Nobel de 1985 ne pourrait plus être publié en 2017.

Crédit photo : German Embassy London licence CC 2.0

Est-il encore bien nécessaire de présenter John Le Carré ? De son vrai nom, David (John, Moore) Cornwell, ex-agent secret au service de sa toujours très gracieuse majesté, est devenu, au terme de sa carrière d’espion, un auteur au succès planétaire sous le pseudonyme à la connotation très francisée mentionné en titre.

L’émission d’Hanouna, pourtant regardée par des millions de téléspectateurs, n’en est pas moins une vieille poubelle jouissant de ses propres remugles. La vulgarité permanente et gratuite – on est loin de l’art anarchiste du professeur Choron – y est omniprésente, les séquences machistes et homophobes s’y enchaînent, délivrant un discours qui, de manière primaire et « décomplexée », réactive sur le mode du langage et de la représentation la violence symbolique, matérielle et physique qui règne à l’égard de catégories de la population toujours objectifiées et infériorisées. L’émission d’Hanouna légitime cette violence – et n’en reste pas elle-même au niveau du symbolique et de l’image mais présente des passages à l’acte. On se souvient, par exemple, du « baiser » subi par une jeune femme forcée de se soumettre à Hanouna et à un de ses chroniqueurs. On pense aussi à la violence psychologique permanente qui est exercée sur certains des collaborateurs, contraints de se rabaisser chaque jour davantage pour exister quelque part dans le PAF et toucher leur chèque à la fin du mois.