Sur le plateau du second grand débat télévisé du jeudi 27 juin 2024, Jordan Bardella s’est cru autorisé à persiffler sans vergogne en lançant à Olivier Faure « ça y est, Jean Moulin est de retour » en arborant un large sourire toutes dents dehors, fier de sa répartie écrite à l’avance. Merci à lui, car on peut légitimement s’autoriser à répondre au président du RN sans craindre de se voir opposer d’avoir atteint le point Godwin en moins de temps qu’il n’en faut à un identitaire pour lever le bras et crier « Ausländer raus » dans une soirée entres potes ou à un corbeau pour envoyer des lettres anonymes au motif que « le peuple français historique en a plein le cul de tous ces bicots. »

Le 6 mars 2015, Christine Angot écrivait dans Libération : « ça sert à rien d’écrire des chroniques ». Neuf ans – presque deux quinquennats – plus tard, ce texte est toujours d’actualité. Ça sert à rien d’écrire des chroniques parce qu’apparemment tout le monde s’en fout. On a beau vouloir éveiller les consciences, interpeller, faire réfléchir, questionner, faire un pas de côté en usant de l’ironie ou en y allant frontalement pour mieux tenter de toucher les esprits et faire bouger les lignes, il semblerait qu’en cette fin juin 2024, ça n’a effectivement servi à rien.