« Il y avait un homme à terre : les cheveux gris, mal fringué, inconscient. Et un autre penché au-dessus de lui : le teint pâle, les lèvres rouges, tendu. Comme je m’approchais, il m’a semblé qu’il griffait le visage de l’ivrogne. Sa main ressemblait à une araignée figée par le gel ». C’est en décrivant une scène dont il a été témoin que commence le narrateur de « Certains ont disparu ». La nuit, il se met à voir apparaître des mains qui tentent de le saisir. Comme dans « Le Horla » de Maupassant, le narrateur semble hanté par une présence étouffante, ici plurielle et qu’il baptise « les antigens ». Mais à la différence du personnage de Maupassant, il retombe dans l’indifférence et montre un certain détachement face au surgissement ponctuel du fantastique. C’est ainsi que se dessinent la plupart des personnages de Joel Lane : davantage préoccupés par un quotidien déprimant et lugubre, dominé par le chômage ou le deuil, que par des apparitions qui ne font que donner chair au malaise ambiant.

Elisabeth Lebovici © Jean-Philippe Cazier

Ce que le sida m’a fait, d’Elisabeth Lebovici, est très riche d’informations, convoquant un grand nombre de noms, d’événements, d’œuvres qui, d’être ainsi réunis, forment la trame d’une mémoire de l’art, d’une mémoire politique, d’une mémoire personnelle. La volonté de faire exister ces diverses mémoires entremêlées dans un discours n’est pas sans évoquer le AIDS Memorial Quilt, une volonté de faire exister au présent et de transmettre la mémoire de ceux et celles qui, nombreux, ont été tués par le sida : la mémoire comme forme non de la nostalgie mais de la survivance. Ce que le sida m’a fait est aussi le lieu d’une mémoire de la vitalité des inventions et productions artistiques, politiques, subjectives qui ont accompagné l’horreur du sida. Enfin, le livre construit de nombreuses analyses et de nombreux outils théoriques portant autant sur l’art que sur le politique en privilégiant un point de vue « minoritaire », celui d’une approche à partir d’objets, de manifestations, de thématiques, de discours qui échappent à nombre de points de vue établis et totalisants. Rencontre et entretien avec Elisabeth Lebovici.

poppy tara

Écrivain américain vivante, née Mélissa Ann Brite à La Nouvelle Orléans en 1967.
12 romans, 6 recueils de nouvelles, 2 essais et une flopée de nouvelles.

Si vous ne voulez pas fâcher Poppy, appelez-le Billy Martin et parlez de lui au masculin car la papesse en noir est désormais un gros monsieur qui a pris sa retraite. Homme gay dans un corps de femme, écrivain torturé au style gothiquement décadent, Poppy Z Brite est l’une des plumes dark les plus importantes de la littérature underground contemporaine. Que ceux qui pensent aux gothiques de South Park aillent pourrir en enfer, nous enfants de la nuit pleurerons leur ignorance par des larmes de sang en écoutant Bauhaus.