Charif Majdalani (DR)

À l’occasion de la parution de L’Empereur à pied (lire ici l’article de Pierre Parlant), Diacritik a rencontré Charif Majdalani pour s’entretenir avec lui de ce puissant roman, conte cruel et tragique sur la puissance exorbitante des mots. Un roman clef de cette rentrée littéraire.

Charif Majdalani (DR)

Qu’il arrive à cheval ou à pied, qu’il parcoure le monde en carrosse ou en jet, la passion dominante, exaltante et terrible, de tout empereur n’aura jamais été que celle de l’infini. Tout doit s’accroître et rien ne doit cesser, telle est sa maxime. Fonder, conquérir, accumuler les biens et les honneurs sont les actes nécessaires à l’affirmation de sa gloire — ce maximum rêvé est le minimum qu’il vise —, encore faut-il que soit conjuré d’un même geste, c’est-à-dire en même temps, le danger toujours possible d’affaiblissement, voire d’extinction de celle-ci. Il le faut, ici et maintenant, et tant qu’à faire « pour les siècles des siècles ». De sorte qu’empereur désigne certes un homme de pouvoir, un bipède ivre d’ambition, mais peut-être aussi bien un mortel qui voudrait ne pas l’être. Et ce sera, dans ce roman où le Liban est le nom d’un entrelacs d’histoires plutôt que d’un pays, un type énigmatique, aussi malin que redoutable, difficile à saisir, comme s’il voulait cacher qu’en lui se loge un dieu au petit pied.