« Nous avons la sensation qu’une limite a été atteinte », écrit John Jefferson Selve, en ouverture du numéro V de Possession immédiate. Le constat est à la fois politique et linguistique, il est celui d’une tentative de dépossession, de mots vidés de leur sens, aplatis, ternis par leur usage politique ou médiatique — ainsi « courage » et résistance » devenus des « identifiants idéologiques propres au pouvoir ».

Traum © Dorothée Smith
Traum © Dorothée Smith

L’exposition de Dorothée Smith à la galerie Les Filles du calvaire, à Paris, (jusqu’au 27 février), qui comporte deux volets, TRAUM et Spectrographies, est traversée par le thème des fantômes. On avait laissé Smith, né-e en 1985, avec la série Löyly, présentée aux Rencontres d’Arles en 2012, qui comportait un aspect bio-documentaire, et qui n’était pas sans évoquer Nan Goldin. On la retrouve armé-e d’une caméra thermique et proposant une fiction multidisciplinaire et fragmentaire. Entretien avec Dorothée Smith, par Charlotte Redler et Isabelle Zribi.

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Le massacre a eu lieu, le massacre a lieu, le sang est à peine séché et le sang coule, la terre au-dessus des cercueils est encore fraîche, remuée, on est toujours dans la sidération quoi qu’on dise, ce qui s’est passé déborde, nous déborde, débordera toujours. On veut tous faire quelque chose, allumer une bougie, mettre du rouge du bleu du blanc à la fenêtre, poser des fleurs, une simple rose ou un poème ou une corbeille, une couronne, un dessin d’enfant, je ne sais pas, verser des larmes aussi bien, chanter, prier, penser, je ne sais pas, on veut tous faire quelque chose et on ne sait pas quoi alors on fait ce qu’on peut, qu’est-ce qui peut être utile ?