Viv Albertine, guitariste des Slits, groupe punk qui marqua les scènes anglaises et du monde, publie un « album de souvenirs », au sens aussi bien musical que photographique ou littéraire du terme puisque son livre, De fringues, de musique et de mecs, a la structure duelle d’un vinyle ou d’un double album (Face A, Face B) : chaque court chapitre est comme une piste musicale, centrée sur un moment qui a laissé en elle « une empreinte indélébile », l’a « façonnée, scarifiée ».
En feuilletant sa vie, Viv Albertine traverse plusieurs décennies, mais il serait regrettable de réduire son livre à la biographie d’une enfant du punk ou à une confession : De fringues, de musique et de mecs est la fascinante vue en coupe d’une époque, une chronique sociale aussi bien qu’un document musical, par une Riot Girl, qui se bat pour devenir une musicienne reconnue dans un milieu ultra-masculin, pour construire sa vie de femme, en abattant un à un les carcans sociaux et moraux de l’époque comme ses propres barrières intérieures.

Nous connaissons tous, à notre corps défendant souvent, les paroles de cette chanson de Pascal Obispo et son efficacité de earworm (ces vers d’oreille analysés par Peter Szendy dans Tubes) : « si j’existe, c’est d’être fan ». C’est à ce phénomène des fans, débordant largement du seul synonyme de groupies hystériques pour devenir un mouvement créatif, qu’est justement consacré le documentaire de Maxime Donzel, Tellement fan, diffusé sur Arte ce soir à 22 h 25.

Voilà bientôt une année, comme par surprise à soi, que Prince nous a quittés, jour pour jour. Ce sinistre premier anniversaire est marqué par la sortie d’un EP inédit, Deliverance, sans doute écrit et interprété entre 2006-2008, période féconde pour celui qui se faisait appeler The Artist mais aussi par une somme de biographies dont on retiendra, lumineuse, érudite et généreuse, celle d’Alexis Tain, Prince : Le Cygne Noir à la Découverte.

Car on le sait désormais depuis un an, comme une rumeur folle, comme une évidence indépassable : Prince n’aura vécu que 8 ans.

Syd Barrett (DR)
Syd Barrett (DR)

Poète marquant de la scène poétique actuelle, croisant travail poétique, performance et musique, écrivain, batteur, auteur notamment du Théorème d’Espitallier, (Flammarion), Tractatus logo mecanicus, Army (Al Dante), De la célébrité : théorie et pratique, (10/18), Salle des machines (Flammarion), France Romans (Argol), Tourner en rond : de l’art d’aborder des ronds-points (PUF), Jean-Michel Espitallier livre avec Syd Barrett – Le rock et autres trucs un ovni sidérant, portrait croisé des Sixties et de Syd Barrett, le génie foudroyé, le fondateur de Pink Floyd.

Nul besoin d’être un beatlemaniaque ou un féru de cette vague de fond des vies imaginaires qui s’est (ré)emparé de la littérature pour plonger dans L’Œuf de Lennon, second roman de l’écrivain irlandais Kevin Barry, tout juste traduit aux éditions Buchet Chastel par Carine Chichereau. Si John Lennon est bien la figure centrale du livre, c’est moins en tant que célèbre membre du groupe qu’homme en pleine crise, voulant échapper au monde et à ses propres démons. 3 days in a live : « Il va passer trois jours sur son île. Voilà tout ce qu’il demande. Pouvoir hurler de tout ses poumons, bordel, hurler les jours en nuits, hurler aux étoiles la nuit — s’il y a des étoiles, qu’elles se manifestent ».

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Tout commence, désormais, par un «après David Bowie», par « le jour où Bowie est mort », comme le livre de Patrick Eudeline, Bowie L’autre histoire qui sort en poche aux éditions Points.
Pourquoi ce sentiment, en nous tous, de perte et d’angoisse ? Pourquoi ce moment comme un événement si paradoxal, à la fois collectif et intime, profondément intime ? « Il y avait un Bowie en moi », répond Patrick Eudeline, « comme en tous ceux qui l’ont un jour aimé. Et c’était cela, dont la mort était inacceptable ».

Prince en 1980
Prince en 1980

Sans doute Prince pourra-t-il demeurer dans les mémoires chacune pour avoir été le premier musicien né après la musique. Sans doute, comprend-t-il, un soir d’avril 1980 alors qu’il vient achever quelques dates de sa première tournée, dans un temps décidément où il ne parvient pas encore à naître à lui-même en dépit de déjà deux albums où sa voix tente de forer le lisse de toute chanson, sans doute saisit-il ainsi au volant d’une voiture dont le souvenir est inconnu de nous que toute chanson est finie.

Prince en 1980
Prince en 1980

On le sait désormais depuis hier : Prince n’aura vécu que 8 ans. Quand ce 21 avril 2016, dans la stupeur hagarde mondiale, tremblante de savoir que l’irrémédiable lui était advenu, quand son corps s’est éteint dans un cri mat au cœur d’un ascenseur ignoré de son bunker blanchotien de Minneapolis, voilà longtemps déjà que Prince était déjà pourtant mort à lui-même le sachant, que la vie l’avait déserté, qu’il avait été abandonné de lui, qu’il avait fait de sa propre désertion à être l’accomplissement ultime d’une existence dont la biographie lui importait peu.

Mona Lisa, Selfie duckface
Mona Lisa, Selfie duckface

Des célébrités présumées jusqu’au célèbre inconnu, tout le monde veut être le centre d’attention de tout le monde et avoir son petit quart d’heure de gloire auto-proclamée. A l’instar du personnage de la mythologie grecque, monsieur-tout-le-monde est fasciné par son image, son reflet et les prolonge avec délectation. Et le narcissisme nous entoure, nous traque et nous consterne souvent aussi. Par Jean-Louis Legalery.

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Tout commence, désormais, par un «après David Bowie», par « le jour où Bowie est mort », comme le livre de Patrick Eudeline, Bowie L’autre histoire qui vient de paraître aux éditions de La Martinière.
Pourquoi ce sentiment, en nous tous, de perte et d’angoisse ? Pourquoi ce moment comme un événement si paradoxal, à la fois collectif et intime, profondément intime ? « Il y avait un Bowie en moi », répond Patrick Eudeline, « comme en tous ceux qui l’ont un jour aimé. Et c’était cela, dont la mort était inacceptable ».