De la mer et de la terre, de l’ici et de l’ailleurs, de nos désirs de bonheur et de fuite, d’îles et de continents, d’amour, de solitude et de promesses, d’amitié, de rires et de souffrances, de vie et de mort, de couleurs, d’odeurs et de saveurs, voilà quelques-uns des sujets qui nourrissent le beau et nouveau roman de Milena Agus : Terres promises.

Le titre : Balzac, Paris. L’auteur : Eric Hazan. Les éditions : La Fabrique. Paris fabriquant Balzac. Balzac fabriquant Paris.
Balzac et Paris, non pas le fameux « A nous deux maintenant ! » clôturant Le Père Goriot, mais bien plus. A nous cent, à nous mille, à nous là où « tout fume, tout brûle, tout brille, tout bouillonne, tout flambe, s’évapore, s’éteint, se rallume, étincelle, pétille et se consume » (Le Mendiant), à nous l’ « immense cité » où « murmurent le bruit du monde et la poétique paix de la solitude, la voix d’un million d’êtres et la voix de Dieu » (La Femme de trente ans), à nous « cette monstrueuse merveille, étonnant assemblage de mouvements, de machines et de pensées, la ville aux mille romans, la tête du monde » (Ferragus) !

Philippe Beck

L’année 2018 s’est ouverte avec la parution de l’un des plus beaux recueils de poèmes de Philippe Beck, Dictées publié chez Flammarion dans la collection “poésie” d’Yves di Manno. Si, depuis Garde-manche hypocrite jusqu’à Opéradiques en passant par Chants populaires, la correspondance de la poésie avec les arts a toujours tenu chez Beck une place reine, jamais peut-être la musique, jouée au piano, n’avait-elle aussi étroitement dialogué que dans Dictées où, vers après vers, résonnent Bach, Scarlatti et La Fontaine. Diacritik a rencontré Philippe Beck le temps d’un grand entretien pour évoquer avec le poète ce nouveau et puissant recueil où la musique ne cesse plus de dicter des poèmes.

Horses, sorti en 1975, est le premier album studio de Patti Smith. En consacrant un livre à celui-ci, Véronique Bergen célèbre ce que cet album contient et signifie : un événement de la culture rock mais aussi la révolte, la volonté de rupture, l’exaltation de la poésie, de l’art, la tension vers un dépassement des limites de l’époque, une libération dans tous les domaines de l’existence.

On se souvient du célèbre vers du « Cygne » de Baudelaire : « La forme d’une ville change plus vite hélas que le cœur d’un mortel ». Sans le savoir mais le pressentant néanmoins, Baudelaire dessinait ici, dans un la venue jaillissante à soi de la pensée, l’exergue la plus accomplie des rapports de l’urbanisme moderne à l’homme lui-même. La ville change. Elle ne cesse de muter, de se métamorphoser, de s’étendre sinon de se perdre. La ville est le décor le plus inconnaissable à lui-même comme si elle était définitivement semblable au vaisseau Argo dont toutes les pièces avaient été changées sans que le bateau eût pourtant l’air d’être modifié. C’est sous le signe de ces mutations urbaines contemporaines aussi radicales que violentes que se placent les interrogations des tables rondes du jeudi après-midi des 11e enjeux du contemporain portant sur les Droits de cité et dont Diacritik est cette année partenaire.

Célia Houdart

Après les remarquables et poétiques Carrare et Gil, Célia Houdart revient en cette rentrée 2017 avec sans doute son plus beau roman : le délicat et feutré Tout un monde lointain. Racontant l’histoire presque au bord d’être tue de Greco, décoratrice à la retraite sur la côte d’Azur, qui fait la rencontre dans une villa abandonnée du couple formé par Tessa et Louison, Célia Houdart offre un récit du sensible où chaque personnage entre progressivement au contact du monde, du vivant et de la matière.
Diacritik a renconté Célia Houdart le temps d’un grand entretien pour évoquer avec elle ce roman qui s’impose comme l’un des plus importants de l’année.

 

 

En 1868, Thomas Eakins est à Paris. Il étudie la peinture et écrit ça à sa famille. Cet aveu d’un jeune homme qui deviendrait le peintre le plus implacable et le plus obtus jamais sorti de l’Amérique traduit à la perfection mon rapport à la poésie : « J’ai un grand besoin de lire des poèmes. Très peu me donnent du plaisir, mais je ressens toujours le besoin d’en lire plus. » Les Rolling Stones font chorus, dans le rôle du chœur tragique : « I can get no satisfaction, but I try and I try and I try… ». Le titre de ce dimanche formule maladroitement ce désir que l’écueil obstine. On pourrait le reformuler avec un scrupule historique : la poésie ne passe plus. Dans ce pauvre calembour comme dans l’aveu de Eakins, il faut tenir l’une contre l’autre les deux prémisses contraires : la poésie n’en finit pas ; la poésie est finie. Et le scrupule est inutile : le poème, depuis toujours, vit du désir et du doute de sa possibilité. C’est le grief de Socrate contre Homère et ses écoliers : la poésie est le faux en tant que le faux existe. C’est la vitrine du non-être, la marchandise illusoire, le fétiche dont le désir dissimule une lacune.