On connaît la distinction opérée par Pierre Desproges entre les rires français et british : « l’humour anglais souligne avec amertume et désespoir l’absurdité du monde. L’humour français se rit de ma belle-mère ». Alan Bennett, acteur, scénariste, réalisateur, romancier, bouleverse quelque peu cette définition pourtant lumineuse : l’humour anglais, tel qu’il le pratique, part d’une idée décalée, à la limite de l’absurde, et se rit de The Queen pour mieux servir, en arrière plan, une peinture sans concession du milieu littéraire et une apologie de la lecture dans ses infinis pouvoirs de subversion ; Sa Majesté, prise de passion pour la lecture, en délaisse ses obligations royales, se joue du protocole et de l’étiquette, pire, en vient à prendre des notes, à écrire et à profondément revoir son rapport aux monde et aux autres.