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Vincent Message

« L’homme est une maladie mortelle de l’animal » déclarait Alexandre Kojève dans un élan hégélien dont il portait en lui l’exigeante intimité afin de témoigner de ce qu’est devenu l’homme dans une histoire terriblement inexorable et achevée, afin de définir ce qui reste d’humain, après que, hagards de triomphe, les hommes ont consumé leur noir temps d’histoire sur terre : afin de dire combien, au crépuscule aride de notre temps, l’homme est l’espèce négative du vivant. Nul doute aucun qu’une telle sentence qui installe le conflit entre l’humanité et l’animalité de l’homme comme le conflit politique premier de tout être pourrait rigoureusement figurer en exergue parfait à Défaite des maîtres et possesseurs, second roman d’une vive beauté de Vincent Message, paru cette rentrée d’hiver au Seuil.

Le projet d’écrire un premier roman, quand on est par ailleurs le rédacteur en chef d’Interview (fondé en 69 par Andy Warhol), journaliste pour The New York Times, Artforum ou The Believer, est un peu à la littérature ce que quadruple lutz de Surya Bonaly était au patinage : l’exercice pourrait passer pour une performance sans réel intérêt artistique, pire, se terminer en une chute façon étoile écrasée sur la glace, ou, plus rarement, être un moment de grâce. Or Christopher Bollen a réussi son quadruple lutz avec Lightning People (2011), traduit sous le titre Manhattan People chez Calmann-Lévy.

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis revient en cette rentrée d’hiver 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik a rencontré Édouard Louis pour évoquer avec lui ce roman qui s’impose déjà comme l’un des plus puissants de l’année.

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Comment rester immobile quand on est en feu, de Claro, invite justement à ne pas être immobile, à plonger dans le mouvement – mouvement impliquant par définition une multiplicité indéfiniment reprise, répétée, absolument ouverte à sa propre transformation. Le mouvement dont il est question ici n’est pas un simple déplacement mais un mobilisme généralisé où tout bouge en soi, se transforme soi-même en autre chose, sans cesse. Il s’agit du mouvement du devenir par lequel ce qui est devient toujours en lui-même autre chose que lui-même, toujours ouvert à un dehors qui le fragmente, le redistribue, l’agence avec autre chose, l’inclut dans des ensembles ou séries également en devenir.

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L’enfant trace du doigt, sur les tomettes, des cercles et des lignes, invisibles, des représentations aussi « vivantes » qu’elles sont « abstraites ». Dans ces droites et ces courbes, « il expose la chair du monde physique » : « Quelque chose se cache ici et il sait que chaque minute qui s’écoule met davantage au jour la vérité, il sait qu’il dévoile les mystères, que le monde ne peut pas soutenir son regard d’enfant, que le monde ne peut rien lui dissimuler ».

David Bosc, Mourir et puis sauter sur son cheval

« Nous cherchons des mots, peut-être cherchons-nous aussi des oreilles » clamait lumineux de confiance Nietzsche dans Le Gai Savoir en une formule sans trêve qui pourrait tenir lieu de préambule à Mourir et puis sauter sur son cheval, le nouveau et magistral roman de David Bosc, fiévreux récit de douleur, paru ces jours-ci chez Verdier. Nul doute qu’une telle sentence du philosophe allemand sur la nécessité de trouver une attentive écoute à la voix neuve d’une espèce humaine enfin libérée de l’homme résonne avec une force inouïe au cœur du destin de folie consumée de la jeune Sonia A. dont David Bosc nous livre l’histoire, à la fois tragique et hagarde.

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En 1992, Philippe Sollers, éditeur de Paysage avec palmiers chez Gallimard (« L’Infini ») écrit en quatrième de couverture : « Beyrouth n’était qu’une simple préparation à une sauvagerie désormais ouverte et universelle. L’histoire, comme le désir de mort, n’a pas de fin ». Le livre de Bernard Wallet paraît le 7 janvier dans la collection de poche « Souple » des éditions Tristram. Ces « choses vues » au Liban disent l’horreur de la guerre, l’horreur qui s’exerce sur celui qui en est le témoin mais aussi une réalité qui ne peut s’approcher que par fragments et éclats. Et la permanence du conflit.

« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next en 2014, Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.