Une chose est sûre pour l’instant : nul poème n’est plus about. La poésie se défait du mimétisme d’Aristote : le poème n’est plus vicaire ; il n’est plus un parlement censé représenter le monde (qu’un cran de plus, la Poétique réduit au monde des actions). À partir de là deux voies s’ouvrent, divergentes et que pourtant il faut suivre simultanément comme ce conteur parfait de L’Art d’écrire de Stevenson qui jonglait avec deux oranges.

Édouard Louis © Jean-Luc Bertini
Édouard Louis © Jean-Luc Bertini

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis est revenu en 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik avait rencontré Édouard Louis en janvier 2016 pour évoquer avec lui ce roman, nous republions cet entretien alors qu’Histoire de la violence sort en poche aujourd’hui, chez Points.

On découvre le mot déconstruction dans le dictionnaire bien avant son usage par Derrida, fort heureusement. Et il est incontestable qu’on en trouve mention chez Husserl autant que chez Heidegger. Mais que le mot existe, qu’il faille se mesurer à la définition qu’on pourra en rencontrer même dans le Littré, cela n’a rien d’extraordinaire en soi, cela ne fait pas un scoop.

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis revient en cette rentrée d’hiver 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik a rencontré Édouard Louis pour évoquer avec lui ce roman qui s’impose déjà comme l’un des plus puissants de l’année.

Si les bouches se ferment est un livre d’écrivain, non parce qu’un des personnages du roman est un écrivain – nazi –, et qu’un autre, son fils, essaie d’être lui-même écrivain, mais parce que la question qui anime ce livre est la possibilité de devenir écrivain ou, mieux, celle des devenirs de l’écrivain et de l’écriture.

Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » !

Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?

Écrire pour inventer des mondes, réinventer des vies. Ne jamais rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social). Interroger la place de la violence (et de l’individu) dans l’Histoire.
II.