Le Prix Lumière 2017 consacre le réalisateur hongkongais Wong Kar-wai. Celui-ci succède ainsi à Catherine Deneuve, Martin Scorsese, Pedro Almodovar, Quentin Tarantino, Ken Loach, Gérard Depardieu, Milos Forman et enfin à Clint Eastwood qui fût le premier, en 2009, à recevoir cette distinction récompensant chaque année une personnalité du cinéma pour l’ensemble de son œuvre et « pour contribution exceptionnelle à l’histoire du cinéma ».

Pilar Albarracin, She Wolf, 2006, vidéo © Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris

La définition de vivant ne va plus de soi depuis des années notamment face à une médecine dont le progrès brouille les frontières entre corps vivant, malade et cadavre. L’état de mort cérébrale en est l’exemple le plus frappant. Cependant une approche du concept semble apparaître en ce début du XXIe siècle : après l’ère de la robotique, de l’homme androïde, du corps métallique qui fut le fantasme du siècle dernier – depuis les hommes robotisés des peintures de Fernand Léger au mouvement cyberpunk des années 90 –, la chair organique revient comme modèle du nouveau vivant. Mais ce n’est pas cette chair saine et bien portante à laquelle certaines médecines douces tentent de redonner ses titres de noblesse mais une chair qui retourne à sa définition originelle. Chair modeste, trop modeste, une simple chair comestible… Car le corps humain, roseau pensant, malgré la grandeur d’âme qu’il peut contenir, qu’est-il au final si ce n’est un assemblage d’os, de muscles et de veines ? Que devient-il, privé de sa pensée, si ce n’est un simple tas de viande ?

Moonlight

Erreur d’enveloppe mise à part, Moonlight était intrinsèquement taillé pour avoir l’Oscar et faire consensus — Oscar du meilleur film, du meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, du meilleur scénario adapté.
Il s’agit, de fait, d’une fausse surprise et surtout d’un vrai faux ami pour les LGBT qui crient aujourd’hui victoire. Joffrey Speno expliquait pourquoi le 15 février dernier, nous republions son article.

The Neon Demon Photo Elle Fanning © Koch Media

Nicolas Winding Refn a du talent ! Beaucoup de talent. On le sait. Son problème c’est que lui aussi le sait et que depuis le coup d’éclat de Drive (prix de la mise en scène au festival de Cannes 2011), le cinéaste danois se regarde filmer et met beaucoup d’énergie à réaliser des films paresseux. Le générique même renseigne sur le degré d’autosatisfaction du danois, signant son film NWR, comme une marque de vêtement de sport… Si le sigle peut s’expliquer par l’univers superficiel que décrit le film, on ne peut s’empêcher de penser que Lars Von Trier vient de trouver un concurrent au titre du boulard d’or. Le Danemark, patrie des réalisateurs mégalos. Il y a donc quelque chose de très agaçant dans The Neon Demon : il est évident que l’on tient là un des plus beaux attrape-nigauds de l’année, mais, le spectateur ne peut s’empêcher d’être nigaud (deux fois le mot nigaud dans un texte au XXIe siècle, c’était donc possible). The Neon Demon fait partie de ces films entêtants, dont on est sorti assez déçu mais dont on n’arrive pas à se débarrasser. Quelques images baroques restent accrochées à notre esprit dont on ne sait pas trop quoi faire : belle arnaque ou réplique sismique ?