Retour sur l’œuvre de Cyril Collard à l’occasion ce soir de la nomination de l’épatant Harrison Arévalo à la 31e cérémonie des Molières dans la catégorie révélation masculine pour son interprétation de l’auteur des Nuits Fauves dans Les Idoles, la fulgurante pièce de Christophe Honoré, lui-même nommé dans deux catégories : meilleur auteur francophone et comme meilleur spectacle public.

C’est l’intelligence d’une époque qui, progressivement, nous quitte : ce fut d’abord, de trop loin, Barthes puis ce fut Jean Rousset, ensuite Eco, ensuite Doubrovsky, bientôt Genette et à quelques jours de distance maintenant, Jean Starobinski et Jean-Pierre Richard. Cette intelligence d’une époque, c’est avant tout et surtout l’intelligible d’un temps qui a su trouver de la parole critique son destin sensible, celui d’accompagner le présent.

« Il faut tenir, et courir, s’élancer d’une enceinte à l’autre. Papillonner, flirter, continuer la discipline de légèreté. Tenter d’obtenir ce sentiment impur, inachevé et possible du chagrin heureux » confie sans transiger Christophe Honoré, dans l’une des plus belles scènes de Ton Père où, à la manière d’un cristal d’énamoration et de douleur apaisante, le cinéaste raconte, au début des années 1990, sa première vision à Beaubourg d’un spectacle de Dominique Bagouet. Sans doute ces quelques mots qui portent le doux souvenir du jeune Rennais d’alors qui venait comme une ombre tremblante à la capitale voir le spectacle d’un homme bientôt mort du sida pourraient-ils se tenir comme l’exergue confiant et la devise poétique même du splendide Plaire, aimer et courir vite, le plus beau film d’Honoré sorti hier sur les écrans.