« Je n’écris pas seulement par besoin de montrer ou de dire, affirmait Claude Simon, mais par besoin de faire. Le romancier est également un ingénieur. Cela suppose qu’il réfléchisse à ce qu’il fait, travaille à cette « fabrique du continu » en quoi consiste la prose romanesque, s’adosse aussi à une histoire des formes, et dépose sur sa table, quand il écrit, tous les romans qui le grandissent et l’encouragent. Le roman d’aujourd’hui doit sentir le roman d’avant-hier et le roman d’hier.

Jean-Paul Goux
Jean-Paul Goux © Olivier Roller

De livre en livre, Jean-Paul Goux n’aura cessé de mener une réflexion, inquiète et obstinée, sur les manières d’habiter. Les personnages de l’écrivain sont en permanence à la recherche d’un lieu, ou plutôt d’un séjour, qui les mette aux prises avec le réel, les réconcilie avec le monde, leur donne la conscience infaillible d’être vivant : un lieu qui allie simplicité et naturel, en s’ouvrant nettement aux rythmes de la nature et à la scansion du temps. Les lieux, chez le romancier, sont toujours des observatoires ou des sismographes, qui ne mettent pas à l’abri d’une enclave, mais permettent de sentir ou d’éprouver avec une acuité plus grande les soubresauts du réel. Ces séjours privilégiés, fragiles, sont en permanence menacés, voués à la ruine, menacés par les bulldozer ou les méfaits d’un urbanisme incontrôlé : le désir d’un lieu et l’angoisse de le perdre, c’est dans ce battement-là que s’élabore l’œuvre du romancier depuis Les Jardins de Morgante.