Il ne m’est guère possible d’écrire sur un film ayant un rapport à la Syrie sans penser immédiatement à tous nos manquements passés et actuels, à nos paralysies et immobilismes, aux sentiments d’impuissance devant les images et discours désastreux qui défilent en continu sur nos écrans, juste interrompus par d’autres désastres ou leur contraire : les chats et les bébés Cadum.

The Rainbow Portrait, c. 1600–02, attrib. Marcus Gheeraerts the Younger

En 1570, le jeune William Shakespeare n’avait que six ans et le souverain, Elizabeth I, en était à sa douzième année de règne. Or, c’est en cette année-là, en mai précisément, que fut envoyée une bulle papale, puisque parmi les nombreux privilèges de la papauté figurait, bien avant l’émergence contemporaine de la BD, la création de bulles (extension métonymique de la boule de métal qui accompagnait le sceau papal lors de la publication d’un document officiel de l’église catholique pour en attester l’authenticité). Mais cette bulle-là non seulement ne fit rire personne, mais marqua un tournant historique dans l’histoire du Royaume-Uni, puisqu’elle officialisa l’éviction de l’Angleterre de l’Europe catholique, l’excommunication de son souverain, la reine Elizabeth I et la naissance de l’anglicanisme.