Eric Vuillard
Eric Vuillard

Que sait-on finalement du 14 juillet ? Des scènes de liesse et de colère mêlées, des gravures qui donnent au passé la teinte du révolu, des commémorations à n’en plus finir, mais qui font oublier l’effervescence révolutionnaire sous les festivités consensuelles : en bref, un feu d’artifice de stéréotypes. Que sait-on finalement ?, voilà la question que pose Éric Vuillard, dans ce récit, tendu et nerveux, emporté et politique, sobrement intitulé 14 juillet.

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Nice « étendue, comme une écharpe dénouée, auprès de la mer chantante » (Jean Lorrain)

« La soirée avait été fort belle et j’étais resté debout assez tard à regarder le ciel criblé d’étoiles, et là-bas, de l’autre côté du large golfe, Nice illuminée, Nice chantant et dansant (…) », écrit Maupassant dans Gil Blas, le 1er mars 1887. Et puis les secousses et le tremblement de terre à la fin du carnaval. « Il était six heures, le jour naissait rose et doux, sans un souffle d’air, si pur, si calme ! Cette absolue tranquillité du ciel, pendant le bouleversement épouvantable, était tellement saisissante, tellement imprévue, qu’elle me surprit et m’émut davantage que la catastrophe elle-même.
Cette aurore charmante prenait pour nous quelque chose d’exaspérant, de révoltant, de cynique ».

Les mots manquent ce matin pour dire l’horreur et la sidération face à ce 14 juillet qui s’est, hier, terminé dans un bain de sang à Nice. Nos pensées aux victimes et à leurs proches.

Et cette phrase de Claro, sur Twitter ce matin, si juste, rempart au flot et flux ignobles sur les réseaux sociaux cette nuit : « Non pas faire comme si de rien n’était, mais comme si rien ne pouvait nous empêcher d’être ».