Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/27)

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Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

sur un fil

entre eucalyptus et acajou

l’Algérienne étend

un corsage bleu

puis jupe noire

non c’est triste

décrochant le noir

s’emparant d’un gilet vert

de petites culottes blanches

de torchons à carreaux rouge et blanc

alors seulement

en fin de ligne

le vêtement noir

 

c’est bon elle dit

 

tendant l’oreille

à de lointains échos

d’émeute

 

comment traiter le hors-champ

dans le poème

(Liliane Giraudon)

 

l’Algérienne : il n’y a plus

aucun endroit où

l’on vive sans peur

on dirait

 

autrefois

nous étions protégés

la casbah une forteresse

 

oublie

rétorque Hassan

aujourd’hui

ça menace

partout

 

B

la blonde a retrouvé la gagui

 

ils avaient chacun

à la naissance

écopé d’une gagui

la poupée qui réalise

tes vœux

 

exemple pour la blonde :

que son père en colère

ne rentre pas

et le jour de ce vœu

il n’est pas rentré

(panne de voiture à

200 kms de là)

 

sur la terrasse

de la maison en bois

par une nuit sans lune

(ça fait partie du rituel)

la blonde allume une bougie

et pique d’aiguilles

la poupée de chiffon

au ventre

puis cuisse gauche

puis jambe droite

pas le cœur

elle n’ose pas

 

deux semaines plus tard

le meurtrier de Potcoll

est hospitalisé

(phlébite)

inouï se dit la blonde

pas sûre d’assumer

la mort éventuelle

de l’ennemi

 

justice est faite !

 

si ce n’est qu’un procès

pour meurtre de singe

n’aura jamais lieu