Diacritik publie : « il suffit de traverser la mer », un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
sur un fil
entre eucalyptus et acajou
l’Algérienne étend
un corsage bleu
puis jupe noire
non c’est triste
décrochant le noir
s’emparant d’un gilet vert
de petites culottes blanches
de torchons à carreaux rouge et blanc
alors seulement
en fin de ligne
le vêtement noir
c’est bon elle dit
tendant l’oreille
à de lointains échos
d’émeute
comment traiter le hors-champ
dans le poème
(Liliane Giraudon)
l’Algérienne : il n’y a plus
aucun endroit où
l’on vive sans peur
on dirait
autrefois
nous étions protégés
la casbah une forteresse
oublie
rétorque Hassan
aujourd’hui
ça menace
partout
B
la blonde a retrouvé la gagui
ils avaient chacun
à la naissance
écopé d’une gagui
la poupée qui réalise
tes vœux
exemple pour la blonde :
que son père en colère
ne rentre pas
et le jour de ce vœu
il n’est pas rentré
(panne de voiture à
200 kms de là)
sur la terrasse
de la maison en bois
par une nuit sans lune
(ça fait partie du rituel)
la blonde allume une bougie
et pique d’aiguilles
la poupée de chiffon
au ventre
puis cuisse gauche
puis jambe droite
pas le cœur
elle n’ose pas
deux semaines plus tard
le meurtrier de Potcoll
est hospitalisé
(phlébite)
inouï se dit la blonde
pas sûre d’assumer
la mort éventuelle
de l’ennemi
justice est faite !
si ce n’est qu’un procès
pour meurtre de singe
n’aura jamais lieu