Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
Edah est apparu
l’Algérienne découpe
en petits carrés
la mangue offerte
présence silencieuse
du jeune-homme
mutilé
l’Algérienne
mangue douce
en bouche
tarde à se mettre
au travail
profil de statuaire
grecque
peau lisse et sombre
à contrejour
ses anneaux d’or
une question de nom
l’autre nom
si mon nom peut-être
celui d’une autre que moi
non vraiment
il faut tisser
animer ses mains
stop aux
tours détours
de pensée
elle retourne à son travail
déclenche le doux bruit
de la navette
bras ouverts
rapprochés
écartés
conjuration des fantômes
B
au fond d’une malle
en métal
noire
elle en est sûre
il faut retrouver la gagui
la blonde a désormais
un ennemi
identifié
elle sait qui a tué
Potcoll
elle vengera le singe
la gagui
poupée tricotée
aux yeux en bouton
poupée magique
lui disait sa grand-mère
poupée de chiffon
maltraitée
cent fois perdue
cent fois reprisée
la gagui
n’a pas été jetée
elle en est sûre
parfois elle hésitait
se disait
en faisant ses bagages
que garder ce grigri
est ridicule
puis un jour
elle avait statué
la gagui est
incontournable
la blonde pleure
le petit singe assassiné
l’ennemi s’ignore démasqué
elle planifie sa vengeance
la gagui en sera l’outil