Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/26)

©Zayneb Dhahbi/WikiCommons

Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

Edah est apparu

 

l’Algérienne découpe

en petits carrés

la mangue offerte

présence silencieuse

du jeune-homme

mutilé

 

l’Algérienne

mangue douce

en bouche

tarde à se mettre

au travail

 

profil de statuaire

grecque

peau lisse et sombre

à contrejour

ses anneaux d’or

 

une question de nom

l’autre nom

si        mon nom peut-être

celui d’une autre que moi

non vraiment

il faut tisser

animer ses mains

stop aux

tours détours

de pensée

 

elle retourne à son travail

déclenche le doux bruit

de la navette

bras ouverts

        rapprochés

        écartés

conjuration des fantômes

 

B

au fond  d’une malle

en métal

noire

elle en est sûre

 

il faut retrouver la gagui

 

la blonde a désormais

un ennemi

identifié

elle sait qui a tué

Potcoll

elle vengera le singe

 

la gagui

poupée tricotée

aux yeux en bouton

poupée magique

lui disait sa grand-mère

poupée de chiffon

maltraitée

cent fois perdue

cent fois reprisée

 

la gagui

n’a pas été jetée

elle en est sûre

 

parfois elle hésitait

se disait

en faisant ses bagages

que garder ce grigri

est ridicule

puis un jour

elle avait statué

la gagui est

incontournable

 

la blonde pleure

le petit singe assassiné

 

l’ennemi s’ignore démasqué

 

elle planifie sa vengeance

la gagui en sera l’outil