Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/25)

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Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

habillée de blanc

l’Algérienne

se sent différente

 

elle vient d’achever

le tapis qui déroge

aux traditions

elle tend

les fils de chaîne

d’un nouvel ouvrage

rouge aussi

un rouge cardinal

(référence)

les cardinals oiseaux

ne sont pas cardinaux

d’église mais

oiseaux rouges

 

il fait si chaud

le souffle s’en altère

à moins que

la robe blanche

se dit l’Algérienne

trop neuve

un peu raide

 

elle part vers le rivage

sans attendre que

ne tintent

les chèvres de Shula

 

une femme

en robe blanche

filetée d’or

plonge dans l’océan

bleu aujourd’hui

 

elle nage

et nage

et nage

 

B

la blonde est menteuse

dès qu’on la questionne

(ne supporte pas

les questions)

elle ment

 

à propos de broutilles

 

Samba lui dit

je suis venu jeudi

tu n’étais pas là

elle se sent coupable

alors elle ment :

j’étais au village

 

la vérité est

qu’elle ne supporte

plus la vue

d’un cadavre échoué

sur la plage

un corps noyé

pour avoir tenté

de traverser la mer

en bateau pourri

 

c’est quoi ce monde

elle se dit

et nous là

à ne rien faire

 

visible

à la toucher

la mort des pauvres

 

j’ai de mes ancêtres l’œil bleu blanc

la cervelle étroite, et la maladresse

dans la lutte

Rimbaud