Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
habillée de blanc
l’Algérienne
se sent différente
elle vient d’achever
le tapis qui déroge
aux traditions
elle tend
les fils de chaîne
d’un nouvel ouvrage
rouge aussi
un rouge cardinal
(référence)
les cardinals oiseaux
ne sont pas cardinaux
d’église mais
oiseaux rouges
il fait si chaud
le souffle s’en altère
à moins que
la robe blanche
se dit l’Algérienne
trop neuve
un peu raide
elle part vers le rivage
sans attendre que
ne tintent
les chèvres de Shula
une femme
en robe blanche
filetée d’or
plonge dans l’océan
bleu aujourd’hui
elle nage
et nage
et nage
B
la blonde est menteuse
dès qu’on la questionne
(ne supporte pas
les questions)
elle ment
à propos de broutilles
Samba lui dit
je suis venu jeudi
tu n’étais pas là
elle se sent coupable
alors elle ment :
j’étais au village
la vérité est
qu’elle ne supporte
plus la vue
d’un cadavre échoué
sur la plage
un corps noyé
pour avoir tenté
de traverser la mer
en bateau pourri
c’est quoi ce monde
elle se dit
et nous là
à ne rien faire
visible
à la toucher
la mort des pauvres
j’ai de mes ancêtres l’œil bleu blanc
la cervelle étroite, et la maladresse
dans la lutte
Rimbaud