Catherine Weinzaepflen : il suffit de traverser la mer (feuilleton/23)

©Wolfgang Weber/WikiCommons

Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.

 

A

le ciel voilé couve

une chaleur harassante

certains jours

s’annoncent éprouvants

 

rouge et violet

oui

quelques touches de vert

un vert vif

– celui des bananiers –

 

il faudra

lors de chaleur moindre

déplacer l’ouvrage

à l’extérieur

vérifier la mesure

des couleurs

 

dans la maison ouverte

se glisse une ombre

silencieuse

 

le voleur à la main coupée

apporte un panier de figues

à celle qui l’empêcha

de se noyer

après l’exécution de la sentence

 

il est si jeune

comment ont-ils pu

pour trois oranges

le mutiler

répétait l’Algérienne

 

avec sa main coupée

Edah a perdu

l’usage de la parole

il reste assis à côté d’elle

sirotant son thé

de la main gauche

 

elle tisse

et lui parle :

comment se passe

sa vie

comment sa famille

 

il répond par signes

et ce sourire

tant de bonté

dans ce sourire

 

B

dans l’obscurité qui progresse

le soir apaise

les corps essorés

 

la blonde s’aventure

sur la terrasse

en mouvement ralenti

 

assise face à l’océan

elle aimerait y plonger

 

plonger dans l’image

peut-être

songe-t-elle

en buvant du lait

de chèvre

 

la blonde se prend

de considérations caprinées

pupilles horizontales

yeux d’or parfois

yeux pers ausssi

« connotation ghost »

elle ajoute

 

se souvient avoir

il y a longtemps

esquivé une invitation

à dîner chez les Balouches

la perspective d’avaler

l’œil de mouton

volontairement placé

sur son assiette

en guise d’honneur

avait été indépassable