Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
le ciel voilé couve
une chaleur harassante
certains jours
s’annoncent éprouvants
rouge et violet
oui
quelques touches de vert
un vert vif
– celui des bananiers –
il faudra
lors de chaleur moindre
déplacer l’ouvrage
à l’extérieur
vérifier la mesure
des couleurs
dans la maison ouverte
se glisse une ombre
silencieuse
le voleur à la main coupée
apporte un panier de figues
à celle qui l’empêcha
de se noyer
après l’exécution de la sentence
il est si jeune
comment ont-ils pu
pour trois oranges
le mutiler
répétait l’Algérienne
avec sa main coupée
Edah a perdu
l’usage de la parole
il reste assis à côté d’elle
sirotant son thé
de la main gauche
elle tisse
et lui parle :
comment se passe
sa vie
comment sa famille
il répond par signes
et ce sourire
tant de bonté
dans ce sourire
B
dans l’obscurité qui progresse
le soir apaise
les corps essorés
la blonde s’aventure
sur la terrasse
en mouvement ralenti
assise face à l’océan
elle aimerait y plonger
plonger dans l’image
peut-être
songe-t-elle
en buvant du lait
de chèvre
la blonde se prend
de considérations caprinées
pupilles horizontales
yeux d’or parfois
yeux pers ausssi
« connotation ghost »
elle ajoute
se souvient avoir
il y a longtemps
esquivé une invitation
à dîner chez les Balouches
la perspective d’avaler
l’œil de mouton
volontairement placé
sur son assiette
en guise d’honneur
avait été indépassable