Photo de couverture de l’album Canti delle donne in lotta, Fufi Sonnino e Yuki Maraini, 1976

Vous sortez du silence. Vous sortez de l’anonymat. Vous sortez de vos cuisines, de vos chambres, du carré clos de vos bureaux pour dire les abus dont vous avez été et vous êtes victimes. Continuez à le faire. Continuez à ne pas vous oublier. Car si ce n’est pas vous qui prenez la place qui vous est due dans ce monde, personne ne le fera pour vous.

C’est la révolution en acte du plus négligé des Lumpenproletariats de l’Histoire : les femmes. C’est le Lumpenproletariat que l’on ne veut écouter car c’est celui qui aurait sans doute le plus de pouvoir parmi tous. Il faut donc que la lutte continue, que ces années 1970 qui ont commencé à nous libérer, perdurent. Les hashtags #balancetonporc et #moiaussi sont ainsi les bienvenus s’ils permettent aux femmes de ne plus vivre dans la honte du viol et du harcèlement sexuel.

Je suis donc ce qui se dit, ce qui s’écrit, ce qui se fait sur cette déferlante. Et je m’engage aussi. Comme chacune d’entre vous, j’ose l’espérer.

Dimanche 15 octobre 2017, quelques réflexions en vrac.

Je lisais ce matin la tribune d’Isabelle Adjani dans le JDD à propos de l’affaire Harvey Weinstein, j’ai particulièrement apprécié le passage où elle évoque le cas des mœurs françaises, le fameux GGG (galanterie – goujaterie – grivoiserie) qui fait des femmes et en l’occurrence des actrices des proies ou des victimes d’agressions ou pressions psychologiques et / ou physiques.

Colette à la fin de sa vie

Comment finir ? Comment s’achève l’œuvre d’un écrivain ? Comment son écriture vieillit-elle ? En un mot : existe-t-il un âge littéraire des écrivains ? Ce sont à ces questions délicates et rarement posées que s’est récemment attaqué un essai aussi neuf que stimulant de Marie-Odile André, Pour une sociopoétique du vieillissement littéraire, paru chez Honoré Champion.
Interrogeant aussi bien Colette dont elle est l’une des éminentes spécialistes que l’œuvre d’Annie Ernaux, aussi bien Robert Pinget que Simone de Beauvoir, Marie-Odile André se met en quête des différentes manières de vieillir qui, chacune, dévoilent un rapport souvent méconnu au temps et à l’écriture. Diacritik a ainsi souhaité, le temps d’un grand entretien, revenir avec Marie-Odile André sur les questions nombreuses soulevées par cet essai sur l’écrivain en vieil escargot, comme elle le dit.

Nathalie Sarraute

« On connaît cet univers où ne cesse de se jouer un jeu de colin-maillard sinistre, où l’on avance toujours dans la fausse direction, où les mains tendues « griffent le vide », où tout ce qu’on touche se dérobe » avançait Nathalie Sarraute dans L’ère du soupçon pour alors suggérer de Kafka sa puissance nue d’inhabitude, sa patiente conquête des strates du vivant où le vivant s’échappe à soi : où chacun découvre ce point extrême, tremblant et hagard d’inconnaissance à soi-même et aux autres. Nul doute qu’une telle sentence qui installe la déprise à soi et l’inhabitude du monde comme saisie liminaire du monde même pourrait venir éclairer à la manière d’un exergue rieur la publication des Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute, récemment paru chez Gallimard. Pourtant, dans ces vingt-quatre lettres inédites, remarquablement présentées par Olivier Wagner et soigneusement co-éditées avec Carrie Landfried, nul jeu de colin-maillard sinistre. À rebours de toute tristesse fantastique, se donne plutôt ici un jeu de colin-maillard rieur et ironique par lequel, depuis ces lettres inédites, se découvre une nouvelle Nathalie Sarraute – s’écrit une Romancière Nouvelle par l’épistolaire.

Francesca Woodman, Self-deceit #1, 1978 © George and Betty Woodman

Il était une fois une enfant, une jeune fille, une femme, qui, voulant pénétrer le sexe de son origine, bascula en dedans d’elle-même par le truchement d’un miroir qui fit apparaître un lapin blanc. Quel est le regard que la femme porte sur le sexe de son origine ? Un regard rétrograde qui plonge à rebours, descend en lui-même, en son corps qui se creuse.

Édouard Louis © Jean-Luc Bertini
Édouard Louis © Jean-Luc Bertini

Après le juste succès de son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis est revenu en 2016 avec Histoire de la violence, âpre et magistral roman, qui évoque cette terrible nuit de Noël 2012 où il rencontre Reda avec qui la douceur des premiers instants va tourner à la violence la plus nue et la plus sombre. Diacritik avait rencontré Édouard Louis en janvier 2016 pour évoquer avec lui ce roman, nous republions cet entretien alors qu’Histoire de la violence sort en poche aujourd’hui, chez Points.

Antonine Maillet
Antonine Maillet

On sait, sans qu’il soit besoin d’y insister, que les prix littéraires sont un poste d’observation très intéressant de ce que les institutions reconnaissent et transmettent. Après tant d’autres, je me propose d’observer le Goncourt. Comme l’écrit Christine Marcandier : « Le Goncourt reste le Goncourt ce prix qu’on adore détester parce qu’il récompense trop souvent (voire quasi systématiquement) des livres mineurs. Ce prix que l’on est prêt à encenser quand il ose des choix plus novateurs et offre à des écrivains moins médiatiques une soudaine exposition (et des lecteurs) ».
Ce qui m’y incite cette année, c’est évidemment d’approcher les raisons du choix pour Leïla Slimani.

Josyane Savigneau
Josyane Savigneau

Josyane Savigneau publie un recueil de rencontres et portraits, sous le signe de La Passion des écrivains, quand bien même tous les textes ici rassemblés ne concernent pas des auteurs stricto sensu : 29 articles donc, présentés comme des « exercices d’admiration », dessinant la cartographie d’« un paysage qui aujourd’hui commence à s’éloigner », une vue en coupe du champ littéraire de ces trois dernières décennies, Robbe-Grillet, Patricia Highsmith, Simone de Beauvoir, Toni Morrison, Dominique Rolin, Jérôme Lindon, Joyce Carol Oates, etc.

Ann Leckie
Ann Leckie

Sur le chemin d’une taverne, Breq trouve une personne à demi-morte gisant dans la neige. Breq la reconnaît : c’est un ancien militaire qu’il a connu il y a longtemps, Seivarden. Le narrateur décide de le recueillir pour le sauver d’une mort certaine, bien que s’encombrer d’une telle personne risque de l’entraver dans sa quête. Breq nʼest en effet pas sur cette planète par hasard : il est sur la piste d’une personne qui peut lui procurer un objet rare, précieux, et surtout extrêmement dangereux.
C’est ainsi que commence La Justice de lʼancillaire, premier tome d’une trilogie de science-fiction, paru en 2013 et couronné en 2014 de la plupart des prix du genre dans le monde anglo-saxon.

Instagram Augustin Trapenard

Le comité de visionnage de Diacritik a regardé 21cm, la nouvelle émission littéraire de Canal Plus dont la première a eu lieu hier soir à 22h50. Verdict façon jury d’épreuve de patinage artistique, avec ses notes techniques (on plaisante) et la subjectivité assumée d’enfin voir une nouvelle émission consacrée aux livres à la télévision. Fût-elle sur une chaîne cryptée.

"Une larme de gin, une larme. Une rivière de tonic... Et ensuite la p’tite victime, composée d’une petite olive, d’un p’tit morceau d’sucre et d’un p’tit bout d’ficelle. Et nous avons : Le P’tit Grégory"
« Une larme de gin, une larme. Une rivière de tonic… Et ensuite la p’tite victime, composée d’une petite olive, d’un p’tit morceau d’sucre et d’un p’tit bout d’ficelle. Et nous avons : Le P’tit Grégory »

Comment expliquer le charme étrange et paradoxal que le fait divers, cette « horreur miniaturisée », exerce sur nous ? Cette question est à l’origine de l’«essai» que publie Mara Goyet chez Stock, Sous le charme du fait divers, interrogeant son « inquiétant enchantement », sa « promotion », son « style » et son « esthétique », à travers journaux, romans, films et séries.

220954CCbdn64801

En 1986, le parti de Jean-Marie Le Pen obtient 35 sièges à l’Assemblée et la jeunesse emmerde encore le Front National. Au plus fort de la première cohabitation, le président François Mitterrand refuse de signer plusieurs ordonnances ministérielles (sur la flexibilité du temps de travail notamment) et s’oppose publiquement à son premier ministre Jacques Chirac sur la loi Devaquet. Cette année-là décèdent Simone de Beauvoir, Coluche, Thierry Sabine et Daniel Balavoine. Et Malik Oussekine.