Diacritik publie il suffit de traverser la mer, un feuilleton composé par la poétesse Catherine Weinzaepflen.
A
l’enfant était encore
accroché sur son dos
bouche ouverte
cadavres flottants
l’océan noir
roule les morts
ils sont là
sous mes paupières
dès que je ferme les yeux
je suis avec eux
ceux qui résistent
ceux qui se laissent
couler
ne va pas
sur la plage
les corps arrivent
– bois flottés –
des enfants
des femmes
des vieux
des hommes forts
ils sont d’un pays
du sud
puis Théo se tait
souvent l’Algérienne
et Théo
suspendent leurs phrases
pour le silence
jamais Théo n’a
autant parlé
B
les chants de deuil
résonnent
des jours durant
il y a dans sa maison
deux masques blancs
bois peint
yeux en fente
bouche rouge
accrochés au mur
la blonde dispose
en-dessous des masques
un petit autel
bouquet de palmes et jasmin
cinq bougies
un jour
la vie repart
la blonde a parcouru
des miles et des miles
le long de l’océan
fuir
les pleurs funéraires
un soir
elle retrouve Chopin
Fryderik Franciszek Chopin
sur la pochette des Nocturnes
Chopin la met en joie
jusqu’à se moquer
d’elle-même :
avoir pendant des années
refusé ce musicien
de série B
(pensait-elle)
pour un jour
découvrir son génie
et l’écouter
sans fin