Geoffroy de Lagasnerie : principes d’une éthique abolitionniste (Par-delà le principe de répression)

La lecture de Par-delà le principe de répression de Geoffroy de Lagasnerie, livre de théorie politique sur la justice pénale, procure un sentiment d’inconfort et de vertige, parfois perturbant, souvent jubilatoire, fidèle à l’écho nietzschéen du titre. Dans ces « dix leçons sur l’abolitionnisme pénal », denses, issues d’un cours public donné en 2023-2024, le sociologue et philosophe invite tout à la fois à mettre radicalement en cause des phénomènes et des réactions qui semblaient de l’ordre de l’évidence et dont on s’étonne finalement qu’elles n’étaient pas davantage interpellées ; à regarder le monde social autrement ; à imaginer un autre fonctionnement de ses institutions.

L’abolitionnisme ne se résume pas au projet – jugé « naïf » – de décréter l’abolition d’institutions telles que la police, la justice ou la prison ; à plusieurs reprises, Lagasnerie exprime son insatisfaction envers une partie du corpus abolitionniste qui circule aujourd’hui. Pour lui, penser avec l’abolitionnisme revient à contester un inconscient collectif, une « rationalité », un ensemble de représentations et de conceptions mises en œuvre par les institutions pénales et banalement partagées. La « pénalité » ou le « punitivisme » sont visés : le fait que des comportements soient appréhendés au prisme de la catégorie de crime (ou de délit) ; qu’ils requièrent la punition de leurs auteurs et qu’ils nécessitent des institution chargées de punir. Plus profondément, le livre décrit un inconscient punitif : la survenue d’une violence entraîne spontanément la recherche d’une responsabilité et d’un coupable, en même temps que la demande d’une punition. C’est cette « croyance » dont il s’agit de faire table rase.

Être abolitionniste consiste alors à suspendre les processus de criminalisation, à estimer qu’il existe d’autres modalités de construction de la réalité, de perception des violences qui traversent le monde social. « Les pulsions punitives ne sont pas un donné immédiat de la conscience » ; elles sont produites par un ordre social, des institutions, une histoire, des idéologies qu’il s’agit ici de prendre à rebours. Une constructivisme radical est à l’œuvre : le crime est une « construction de la réalité » ; il est possible de procéder à d’autres constructions, de mobiliser d’autres « cadres perceptifs », d’autres « codifications » et « reformulations des expériences ». Non sans ambitions, c’est rien de moins qu’une nouvelle anthropologie qui est proposée, voire une nouvelle culture.

Pourquoi être abolitionniste ? En raison d’une rétivité fondamentale envers la contrainte et la souffrance produites par la pénalité : arrêter quelqu’un, l’enfermer, le priver de liberté, insiste Lagasnerie, sont des actions d’une incroyable violence, même quand elles sont accomplies par l’État – surtout quand elles le sont, car leur légitimité n’est alors pas mise en doute. En raison, également, d’une principe d’efficacité : la violence de la punition ne conduit pas à abaisser le niveau de violence d’une société, mais ne fait au contraire que l’augmenter. Lagasnerie y revient souvent : il est rationnel d’être abolitionniste

L’abolitionnisme, ce n’est pas faire disparaître la justice ou la police, celles-ci pouvant accomplir d’autres missions de régulation sociale que celles qui leur sont aujourd’hui confiées. Ni être contre l’État ou l’intervention publique ; mais contre un pan de l’action de l’État. En revanche, il s’agit d’abolir un état d’esprit : la pénalité. Cela ne signifie pas nier l’existence de souffrances et de victimes, encore moins « nier la blessure ». Mais l’abolitionnisme propose de substituer un autre regard sur cette blessure, en proposant précisément de partir de la violence et de la souffrance pour appréhender les situations violentes à l’aide de nouvelles catégories conceptuelles. C’est une des thèses du livre : être abolitionniste conduit précisément à réfléchir aux mécanismes de prise en charge de la violence et aux mécanismes de réparation (ce qui n’est pas l’objectif principal du système pénal actuel, qui peut même redoubler la violence subie par les victimes). Dans le même temps, il s’agit d’examiner les alternatives à la pénalité, mais aussi les conséquences et les problèmes de l’abolition.

La puissance du livre de Lagasnerie tient à cette ambition, dont il ne fait aucun doute, au moment de refermer le livre, qu’elle est réussie, tant elle a mis en mouvement le lecteur : envisager une véritable « révolution symbolique » selon l’expression de Pierre Bourdieu, c’est-à-dire une conversion conceptuelle, une tentative de rompre avec les catégories usuelles de perception et d’appréhension du fonctionnement du monde social. Avec un souci permanent, « le doute, le refus de considérer les catégories officielles et les idéologies étatiques comme des évidences pour revendiquer la nécessité d’en interroger la prétention et la validité ». Au cœur du livre, ces questions : pourquoi punir, et pourquoi ne pas punir ? Comment penser la gestion de la violence dans une société ? Comment penser les effets de la violence, y compris sur soi ? Comment penser les sujets sociaux, les rapports qu’ils entretiennent entre eux et avec eux-mêmes ?

Insatisfaction contemporaine

La réflexion est nourrie par une actualité politique : Lagasnerie constate le primat de la « lutte contre l’impunité » parmi les revendications d’un certain nombre de mouvements sociaux contemporains (écologies, luttes contre les violences sexuelles, etc.). Ce ne sont plus la domination ou des inégalités qui sont constituées comme problématiques, mais l’impunité dont bénéficient leurs auteurs ; il y a eu glissement de la lutte contre les structures de domination à la lutte contre l’impunité. C’est une régression politique : « punir » ne signifie pas « lutter contre » un phénomène jugé problématique. Si, en effet, la domination est produite par des structures et des institutions sociales, des inconscients, des processus de socialisation, etc., la punition ne change fondamentalement rien au fonctionnement de la structure, et à la manière dont celle-ci fabrique des individus. Il y a, bien évidemment, des dysfonctionnements de la justice, et des problèmes dans la prise en charge de certains phénomènes sociaux ; mais Lagasnerie entend interroger l’importance (l’hégémonie?) de ce réflexe et de ce désir punitif.

Le lecteur ne peut qu’être frappé par ce constat d’une « uniformisation du champ idéologique ». On peut, par exemple, songer au discours sarkozyste, au début des années 2000, de dénonciation du laxisme de la justice, de la revendication de la « tolérance zéro », etc. ; et s’étonner de l’écho qu’il rencontre aujourd’hui avec des revendications progressistes. On peut également relever que la rédemption, le droit à l’erreur, l’idée qu’un individu peut s’amender, la croyance dans la prescription – qui ont constitué, par le passé, des fondamentaux de la pensée de gauche –, semblent très affaiblis aujourd’hui, voire sont considérés comme soutenant la domination. On peut enfin penser à la place prise dans le débat public par le journaliste dit « d’investigation » où la dénonciation de méfaits individuels et d’individus déviants qu’il faut punir, prend le pas sur la compréhension de logiques sociales et de structures (d’autant que la dénonciation peut même être complice de ce qu’elle prétend dénoncer : les structures ont tout intérêt à faire endosser la responsabilité de leur fonctionnement à des individus, plutôt qu’à leur logique même).

Élaborer une théorie sociologique

Toutefois, Par-delà le principe de répression entend scruter le punitivisme de manière plus profonde. Déjà dans son livre Juger (2016), Lagasnerie opposait la logique de l’État pénal à celle de la sociologie – quand l’un individualise, l’autre socialise ; quand l’un veut expliquer le comportement par une trajectoire et une responsabilité individuelles, l’autre analyse le fonctionnement de la société et des institutions sociales ; quand l’un veut condamner, l’autre veut excuser. À nouveau, il s’agit d’affirmer ce primat de la sociologie : « Ce n’est donc pas seulement que la sociologie nous prédispose à l’abolitionnisme, c’est que l’abolitionnisme pénal est ce qui permet d’aller au bout de ce que peut la sociologie. » Voire : « il ne peut plus y avoir de droit pénal après la sociologie. » Le livre poursuit et prolonge également un engagement contre « l’ordre policier » et ses violences, un compagnonnage avec le Comité Adama Traoré, qui avait notamment donné à la publication d’un dialogue avec Assa Traoré, Le Combat Adama (2019).

Lagasnerie propose de forger une théorie abolitionniste en revenant à des fondamentaux de la sociologie, et en les convoquant comme des outils théoriques et politiques (la sociologie n’est pas seulement descriptive, elle est fonctionnelle). C’est en particulier Émile Durkheim, notamment ses Leçons de sociologie criminelle de 1892-1893 (récemment publiées). Durkheim a affirmé la « normalité » du crime : il n’existe pas de société sans crime. Celui-ci étant un écart à la norme, défini par la conscience collective, il y aura toujours des actes considérés comme criminels ; en revanche, le niveau de sensibilité collective, la définition de la frontière entre le crime et le non-crime, varieront (bien sûr, il est légitime de blâmer certains actes ; mais la catégorie de crime n’est alors pas la catégorie pertinente pour les appréhender). Durkheim va même jusqu’à affirmer que le crime est « sain », car lié à la « possibilité de contestation » de l’ordre social. Durkheim nourrit également la critique des effets de la peine : ceux-ci semblent nuls si l’on constate la redoutable stabilité statistique du taux d’illégalisme.

Autre sociologue permettant de fonder une théorie abolitionniste : Paul Fauconnet qui, en 1928, a mis en question la notion de « responsabilité », à savoir l’attribution à un individu de la responsabilité d’un phénomène. Rappelant que des sociétés, à des moments donnés, ont pu rendre responsables des animaux ou des cadavres, Fauconnet sociologise cette « construction de la responsabilité ». Le « solidarisme » de Fauconnet permet à Lagasnerie d’interroger la « responsabilité individuelle » de la logique pénale ; de souligner que l’individu est inséré dans des ensembles plus vastes, que les individus ne sont pas « radicalement séparés les uns des autres » mais liés par des chaînons complexes d’interdépendance.

L’abolitionnisme de Lagasnerie se nourrit également de travaux plus classiquement associés à la critique de la répression – ceux de Michel Foucault sur la fonction sociale de la délinquance de contrôle des marginaux et de la sédition, ceux de Michelle Alexander (The New Jim Crow) sur la prison comme contrôle de la race. Lagasnerie peut les discuter au prisme de la sociologie : il se demande ainsi si Foucault ou Alexander ne proposent pas des discours incomplets, n’allant pas à la racine du système punitif (Foucault, par exemple, laissant de côté la logique de la justice, s’intéressant principalement à la prison).

De même, désireux d’interpeller des impensés des discours de gauche, Lagasnerie conteste à plusieurs reprises, parfois sévèrement, l’idée de la « prévention » selon laquelle la lutte contre le crime passe par une action préventive sur les causes sociales du crime. Il ne l’ignore pas, c’est indéniablement vrai : le sociologue rappelle cette étude démontrant que la légalisation de l’avortement aux États-Unis produit, dix-huit ans plus tard, une baisse substantielle du crime et de la violence. Mais, pour lui, il y a quelque chose d’« inconsistant » dans le discours de la prévention, comme une façon de repousser les difficultés, de ne pas vouloir voir le problème en face. Car il faut s’y résoudre : il existe des violences, il existera toujours des violences (même si l’on peut travailler à les rendre moins nombreuses), et il est fondamental de les prendre à bras-le-corps ; comment, alors, penser leur gestion une fois qu’elles ont survenu, et que des individus en sont affectés ?

C’est là que des écrits abolitionnistes, peu connus en France, fournissent de puissants et passionnants outils. C’est une autre des richesses du livre : faire fonctionner un corpus d’idées, comme ceux du néerlandais Louk Hulsman ou du norvégien Nils Christie. Ils proposent un réflexe épistémologique consistant à interroger la construction de la signification d’événements, et à suspendre les « processus de criminalisation » : ils mettent en question « les mécanismes à travers lesquels un certain nombre d’actions vont être sélectionnées et catégorisées comme crimes quand d’autres vont être complètement délaissées ». Ils invitent à substituer à la notion de crime celle de « situation-problème », et donc à chercher à agir sur des « situations », des configurations sociales. D’une part, certaines « situations » sont inéluctables, conséquences de la vie sociale : les accidents surviennent, les cambriolages ont lieu, etc. Le risque est une donnée de la violence sociale : que signifierait « parvenir à éprouver un cambriolage comme une grippe » ? D’autre part, les situations sont profondément sociales : l’accident est lié à des conditions structurelles (l’état des routes, l’éclairage) ; les individus impliqués sont des êtres sociaux, dotés d’habitus, de dispositions (les accidents de la route impliquent davantage les classes populaires, ce que la pénalité ne prend pas en compte).

Cette conversion épistémologique a des conséquences pratiques de vaste ampleur sur les réponses aux apportées aux « situation-problèmes ». Première réponse possible : « ne rien faire ». Des comportements considérés comme des crimes pourraient très bien n’appeler aucune intervention, tels le travail du sexe ou la consommation de drogue (une légalisation abaisserait même le niveau général de violence, en réduisant une économie criminelle à néant). Autre réponse : la mise en place d’une logique d’ « assurance sociale », à l’image de la sécurité sociale, de la prise en charge de la maladie, de la vieillesse ou des risques professionnels : plutôt que de punir les auteurs d’actes traumatiques, réparer et compenser les effets de ces actes sur ceux qui les ont subis. Si l’on admet le cambriolage comme inéluctable, l’abolitionnisme propose avant tout d’indemniser ses victimes. Cette dynamique est celle de la procédure civile, qui double la procédure pénale (les victimes se voyant accorder des dommages-intérêts) : l’abolitionnisme ambitionne de faire de la logique civile du procès la principale logique de gestion des violences (ce qui ne serait pas nécessairement moins dissuasif pour l’auteur du dommage, confronté à la menace de devoir rembourser ou payer).

Une théorique pratique

Résumé ainsi (partiellement), le livre semble très conceptuel. Il l’est assurément. Mais c’est aussi un ouvrage très dynamique, riche en cas pratiques, où le déroulement de la pensée se donne à voir, facilité par un style qui a conservé de l’oralité. Par-delà le principe de répression est critique, parfois sans concession vis-à-vis de certains réflexes ou de certaines pensées (en les poussant dans leur retranchement, en pointant leur inefficacité, en les jugeant en « régression » – par exemple la gestion « communautaire » des violences). Mais pas seulement. Aux deux tiers du livre environ, un glissement se produit, et les appels à l’imagination se font beaucoup plus présents ; il faut « imaginer », « inventer », note Lagasnerie. Loin d’être une faiblesse, c’est une des grandes forces du livre : en posant la question, par définition non résolue, de savoir ce que seraient des sociétés sans pénalité, et de ce qu’il resterait alors des rapports sociaux, il fait appel à la possibilité de l’invention, et à la générosité que permet la spéculation politique et l’utopie.

Il reste que, si la théorie est ouverte, l’imagination politique n’est pas de la pure fabulation. Lagasnerie le martèle : l’abolitionnisme est possible, et pas si difficile à mettre en œuvre. Et si la question posée est incroyablement impressionnante – nous sommes dans des sociétés si profondément punitives qu’il semble bien difficile de penser un ordre social différent –, la réflexion est en permanence nourrie par des expériences pratiques, par des études menées çà et là, qui montrent qu’une gestion des violences et des blessures est possible hors de la pénalité.

L’attention portée aux cas-limites témoigne de ce souci très pratique, et de la volonté de démontrer que l’abolitionnisme n’est pas une « utopie irréaliste ». Il existe des individus irrécupérables, qui refusent de se plier aux règles – des grands bandits, des meurtriers et violeurs en série, des multi-récidivistes (et qui, d’ailleurs, posent autant de difficultés au système pénal classique). Tout n’est pas compensable – la mort, par exemple. Lagasnerie esquisse des pistes, par une réflexion sur la violence et ses effets ; par l’affirmation selon laquelle l’abolitionnisme ne signifierait pas la disparition de toute contrainte, mais conserverait des formes de contrainte. La prison ne serait pas complètement supprimée : une prison « minimale » serait conservée, accueillant environ 10 % de ceux qui y sont aujourd’hui détenus ; cette prison serait repensée. Lagasnerie souligne également qu’il est difficile de projeter des problèmes liés au système de la pénalité dans un monde social qui serait différent car transformé par l’abolition. Évidemment, d’autres problèmes surviennent : penser sociologiquement l’abolition oblige à se confronter à la transition, à la conversion de l’ensemble des habitus, à la permanence d’anciennes dispositions dans un système nouveau.

Victimes, blessures et zémiologie

Il faut insister : mettre en question le punitivisme ne signifie pas considérer que les violences n’existent pas, ni tenir à l’écart celles et ceux qui en sont victimes. Bien au contraire. L’inspiration de la procédure civile, l’attention portée à la réparation, aux dommages-intérêts, proposent de renverser le regard : prendre pour point de départ la violence, ses effets et sa matérialité, et non l’acte lui-même, isolé de manière abstraite. L’abolitionnisme selon Lagasnerie propose d’élaborer une « nouvelle économie de la blessure et de la guérison ». Celui-ci remarque que, dans le système pénal actuel, « le statut de victime coûte à la victime » – financièrement, psychiquement, matériellement, symboliquement ; la procédure pénale fait de la victime un « objet », et non un « sujet », ce qu’il est possible de renverser. Un chapitre est consacré à la « zémiologie », qui offre de penser en termes de souffrance et de blessure ; elle conduit à subvertir la hiérarchie des actes considérés comme violents et criminels. « Il faut suspendre notre adhésion à la catégorie de crime afin d’interroger la scène morale qu’elle installe et en faire émerger une autre, plus générale et plus intégrative qui, selon de nouveaux critères, permettra de mieux appréhender les formes de la blessure dans nos sociétés. » Cette « théorie matérialiste du résultat », qui renonce à une « théorie objectiviste de l’origine », conduit en même temps à interroger tout ce que la pénalité et la notion de crime laissent de côté, telles l’exposition d’ouvriers à des maladies, les inégalités sociales, les inégales conditions de vie, etc. – toutes les expositions de manière différentielle à la précarité et à la mort. Elle rappelle que « l’usage de la catégorie de crime ressortit presque toujours à un usage politique qui dit quelque chose des rapports de force symboliques dans une société ».

La réflexion sur le statut de victime donne lieu à un chapitre sur la question – fort difficile, reconnaît l’auteur – de savoir s’il faut porter plainte. Au-delà de la discussion sur la gestion et de la reconnaissance de la violence, c’est une réflexion sur la formation des sujets sociaux, sur les affects spécifiques que produit la pénalité chez celles et ceux qui subissent des violences : qu’est-ce que cela veut dire « être victime », se penser comme tel ? Qu’est-ce que cela implique de rapport à soi-même et aux autres ?

Ce sont quelques-unes des « conséquences pratiques » que Par-delà le principe de répression suggère ; elles sont nombreuses, certaines peuvent bien évidemment être contestées, d’autres sont encore à inventer. Elles relèvent d’une « éthique politique du savoir » appelée par Lagasnerie. Et, précisément, en écoutant quelques-unes des leçons qui ont donné lieu au livre, puis en lisant leur forme écrite finale, il m’a semblé avoir précisément entre les mains un véritable « manuel ». Pour le décrire, je ne peux que reprendre des phrases de Michel Foucault au sujet de L’Anti-Œdipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari (dans son avant-propos à la traduction parue aux États-Unis). Ce n’est pas « la nouvelle référence théorique », « celle qui va tout englober », « absolument totalisante et rassurante ». C’est beaucoup plus : un « art », « un manuel ou un guide de vie quotidienne », « un style de vie, un mode de pensée et de vie ». Et un ensemble de propositions qui découlent d’une question, nécessaire et impérieuse : « Comment faire pour ne pas devenir fasciste même quand (surtout quand) on croit être un militant révolutionnaire ? »

Geoffroy de Lagasnerie, Par-delà le principe de répression. Dix leçons sur l’abolitionnisme pénal, 416 p., Flammarion, collection Nouvel Avenir. Paru le 8 janvier 2025. 25€

Rencontres à venir :
– Silencio (Paris 2e), mercredi 15 janvier, 19h30 ;
– Librairie Libertalia (Montreuil), jeudi 16 janvier, 19h30.