Annoncée depuis des mois par la plateforme avec un sens du teasing bien réglé qui n’a rien à envier aux pratiques des majors quand ils balancent une minute douze de bande-annonce six mois avant la sortie d’un nouveau blockbuster, la nouvelle livraison de la série Knives Out (en Netflix dans le texte) est arrivée le 12 décembre dernier sur nos écrans. La critique est quasi unanime : Wake Up Dead Man est meilleur que les précédents. Mais moins bon que le prochain ?
Quand Benoît Blanc (Daniel Craig) arrive sur une scène de crime, il y a fort à parier que l’enquête sera difficile, le mystère entier et les apparences trompeuses. Seuls l’intelligence, le sens de l’observation hors pair du détective et sa droiture toute policière permettront de faire émerger la vérité des ténèbres et faire la lumière sur le ou les meurtres perpétrés. De lumière et de ténèbres, il est fortement question dans Wake Up Dead Man alors que l’intrigue se situe dans une paroisse quasi sectariste, dirigée par un homme d’église gourouisant et tyrannique (Josh Brolin) qui se voit affecté un jeune prêtre idéaliste en quête de rédemption (Josh O’Connor).

Son nom est Blanc, Benoît Blanc
Daniel Craig reprend tambour battant son rôle de détective infaillible et enfile à nouveau le costume sur mesure de Benoît Blanc, enquêteur dandy plus fantasque que David Suchet ou Peter Ustinov interprétant Hercule Poirot – pour résoudre comme personne les crimes parfaits et confondre le, la, les coupables avec un goût sûr pour la mise en scène dans la révélation finale qui renvoie aux belles d’heures d’Agatha Christie. Sans (trop) spoiler, on peut d’ores et déjà annoncer que Wake Up Dead Man marche dans les pas de la reine du crime tant l’obsession de Blanc (donc de Rian Johnson) est de répéter qu’il ne pourra venir à bout de l’énigme. On pense notamment au Crime de l’Orient Express ou au Meurtre de Roger Ackroyd qui ont en commun de tendre vers le souhait de l’autrice de livrer un récit de crime non élucidé (par Poirot) ou d’assassinat officiellement sans coupable (par empathie de l’enquêteur envers les meurtriers ?)…

Les adeptes du whodunnit, des murder parties, des mystères en chambre (jaune) y trouveront leur compte, Wake Up Dead Man possède tous les ingrédients et respecte la recette calibrée pour faire saliver les amateurs de polars retors : un lieu unique (une église aux relents de secte), des personnages ambigus, des secrets enfouis, des mensonges à répétition, un soupçon de mysticisme, un doigt de Christie, une larme de charge politique. Comment ne pas voir en effet dans la figure de « Monsignore » Wicks un de ces prédicateurs cathodiques qui sermonnent jusqu’à l’outrance, tenant sous leur coupe des ouailles velléitaires conquises mais ne s’appliquant pas les préceptes qu’ils énoncent. Là où le bât blesse (dans Wake Up Dead Man), c’est que la critique cède peu à peu le pas devant un propos consensuel qui fait du jeune Frère Jud Duplenticy joué par Josh O’Connor le modèle à suivre, l’archétype de la seule vraie foi, admise et rédemptrice qui fera éclater la vérité – par la confession en l’occurence, sans intervention terrestre.

In nomine pas triste
Alors, oui, Wake Up Dead Man est bien réalisé, bien mis en scène, avec des actrices et acteurs talentueux.ses, évitant l’écueil du cabotinage ; avec une lumière et un photographie presque parfaite (de l’intérieur de l’église aux extérieurs-nuit, imprimant une ambiance gothique qui touche au fantastique), avec de nombreux plans en contre-plongée, comme pour opposer le séculier et le divin, le religieux au temporel. Il faut souligner l’écriture réussie de ce troisième volet, tant dans la construction des personnages, le choix assumé des stéréotypes, que dans les dialogues souvent savoureux, les situations franchement comiques (la scène d’autopsie) et des réparties vraiment hilarantes et provocatrices.

Excellent au début du film, par son rythme et sa peinture acerbe de la paroisse presque possédée par Monsignore (qui n’est pas moins habité), Wake Up Dead Man tend à s’essouffler aux deux-tiers – avec un Benoit Blanc qui semble jeter l’éponge et s’en remettre à son sidekick de circonstance (le frère Jud) pour résoudre l’énigme… avant de s’effacer complètement derrière la révélation quasi miraculeuse : le twist final n’aura pas lieu et on n’est pas loin du Deus ex Machina qui vient démêler les fils d’une intrigue complexifiée par la volonté (coupable ?) du réalisateur de faire du whodunnit mais pas trop.
Wake Up Dead Man, de Rian Johnson, avec Daniel Craig, Josh Brolin, Josh O’Connor, Kerry Washington, Mila Kunis, Cailee Spaeny, Andrew Scott, Jeremy Renner, Glenn Close. Une production T Street, Netflix. 2h17. Disponible depuis le 12 décembre sur Netflix.