En ces semaines où les prix littéraires d’automne consacrent des livres tout juste parus, mettant en lumière des textes qui demeureront (L’Ordre du jour d’Eric Vuillard) et d’autres plus éphémères, il serait utile de revenir sur des aventures éditoriales au long cours, de celles qui marquent durablement le paysage de leur empreinte singulière : ainsi Tristram, maison d’édition qui fête cette année ses trente années d’existence, dans une forme tout autant insurrectionnelle qu’anthologique (mais la maison aime les paradoxes et la littérature lui est sport de combat), avec la publication d’une Association de malfaiteurs.

PJ Harvey
PJ Harvey

The Hope Six Demolition Project est un album mat.

Par-delà le credo rock qui lui permit au début des années 1990 de signer parmi les chansons les plus marquantes de l’époque, de 50th Queenie à Meet Ze Monsta, PJ Harvey depuis White Chalk (2007) qui fissura les anciens murs de guitares post-punk pour ouvrir la voie à des mélodies moins âpres, est partie en quête d’une écriture de la note juste. Mais avec le merveilleux Let England Shake (2011) et maintenant ce neuvième album studio, The Hope Six Demolition Project, c’est le monde qu’elle annote, l’évocation des conflits du Kosovo et de l’Afghanistan, ainsi que de la misère d’un quartier de Washington succédant à celle de la Première Guerre mondiale dans l’opus de 2011. Ici, chant et musique résonnent d’ailleurs en écho aux photographies de Seamus Murphy, avec qui elle avait publié en 2015 un recueil de poèmes, The Hollow of the Hand. Par ce geste artistique pluriel, PJ Harvey interroge crûment la place et le rôle des œuvres littéraires, musicales ou plastiques dans notre chaos contemporain.