Capture d'ecran
Capture d’écran

The Queen’s Speech – littéralement le discours de la reine – est un évènement annuel d’un autre âge qui marque symboliquement (généralement en mai) le début de la session parlementaire au Royaume-Uni. Mais si le mot Speech est affublé d’une majuscule royale et majestueuse, ce discours n’est jamais celui de la reine, dont le rôle se réduit à celui de liseuse et de porte- voix monarchique (et cela depuis le XVIème siècle). Or, cette année, le poids des ans a tellement affaibli la voix d’Elizabeth II que le 18 mai 2016, en écoutant la dite gracieuse, que l’on avait l’impression d’entendre Prudence Petitpas annoncer les méfaits à venir de Benoît Brisefer, le gentil garnement conservateur. 

James Donovan (Tom Hanks) suivi par un agent de la CIA
James Donovan (Tom Hanks) suivi par un agent de la CIA

Dans le magistral et ultime tome de La Maison Cinéma et le monde consacré au crépusculaire mais flamboyant moment Trafic de sa vie bientôt abruptement achevée, Serge Daney livre, depuis le terrible foudroiement de la pensée que la claire imminence de la mort rend inéluctable, une définition du cinéma énoncée dans un parfait cristal de vérité : « Le cinéma est l’art du présent, c’est-à-dire l’art de ce qui a été présent au moins une fois. » Force est de reconnaître, à regarder Le Pont des Espions, le dernier film de Steven Spielberg qui sort ce mercredi, qu’une telle formule du cinéma fondée sur l’expression absolue d’un sentiment du présent n’emporte aucune image, ne traverse aucun plan, n’habite aucune scène d’un film qui fait du Passé, élevée à la terrible majuscule de statue du Commandeur, sa valeur refuge, sa zone anomale, son repli ultime, son art à valeur de contresens ardent du monde : où, pour Spielberg, la salle de cinéma devient le bunker d’un cinéaste aveugle.