Partons d’un commun proverbe que l’emballage des Carambars attribue à Confucius : « Quand le sage montre la lune, le singe (ou l’idiot ?) regarde le doigt ». Je me suis toujours demandé ce qu’on y reprochait au singe. Qu’est-ce qu’il a à faire de la lune qu’un vieil homme prétend qu’il admire ? Je pourrais sans beaucoup d’effort lui prêter plusieurs motifs d’aimer mieux regarder le doigt que le terne satellite. La première qui me vient : qu’en bon disciple d’Épictète, il fasse plus grand cas de la beauté du geste que du but entrepris. La seconde, tout aussi plausible : qu’il ait lu à ses heures perdues les ouvrages fondamentaux de la « nouvelle critique » et sache, à propos du poème, que ce qu’il prétend montrer (crépuscule, femme, combat…) n’est que l’alibi de son exercice. Puisqu’en ce dimanche il pleut des adages, voici un autre truisme : « Le sujet du poème, c’est le poème » — ou, dans la traduction de Barthes : le passe-temps favori de la littérature (moderne) est de se montrer du doigt.

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On peut toujours rêver tant la réalité cautionne les pires débordements. Rêver en ayant pris trop de médicaments, rêver à halluciner un scénario politique à la Philip K Dick. On y trouverait d’abord une boutique de Collectors le long de la Seine et, dans cette boutique, un livre aberrant. L’intrigue se déroulerait, comme aujourd’hui, en Juin. Mais tout juste après la présidentielle de 1981. On y apprendrait que Mitterrand aurait finalement perdu les élections contre Giscard. Celui-ci, dans la vision d’une France agitée par des revendications sociales, choisirait un premier ministre de gauche, nommé disons Dance, pur technicien conduisant la politique à sa perte.

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Candide et Lubrique : les deux adjectifs qui forment le titre du dernier roman d’Adam Thirlwell ne sont pas seulement des qualificatifs ; ils ont pour fonction d’introduire à des catégories morales et esthétiques, non conciliables, deux possibles du roman ou d’un personnage en quelque sorte, deux routes a priori antithétiques qu’il s’agira pourtant de faire converger. Tout le récit est dans ce « et », l’entrave, voire l’aporie romanesque qu’il suppose et permet de dépasser.

Adam Thirlwell
Adam Thirlwell

En attendant la critique à venir de Candide et lubrique, troisième roman de l’écrivain britannique Adam Thirlwell après Politique (2003) et L’Évasion (2009), voici un entretien uncut réalisé hier, près d’une heure de conversation, en français.
Paris s’était pourtant mis à l’heure londonienne, avec trombes d’eau sur la verrière des éditions de l’Olivier, comme vous l’entendrez en toute fin de vidéo, quand Adam Thirlwell énonce son insolente théorie du « roman burger »…

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Le roi Henri IV blasphémait facilement au temps où ce “crime” était sévèrement puni. Comme un “Jarnidié” (= Je renie Dieu) lui échappait, son confesseur, le Père Cotton, lui conseilla de substituer son patronyme au nom du Seigneur et Jarnicoton (= Je renie Cotton) devint usuel. Charmant vocable qui mériterait d’être repris aujourd’hui sans risque apparent d’être condamné.