Gaël Octavia

Dans une toute petite ville qui ne sera jamais décrite sinon par sa violence et par les noms de fleurs dont sont affublés ses immeubles, donc dans cette petite ville anonyme parce qu’universelle, que l’on appellera simplement le Quartier, Mariette se balance sur un rocking chair, un verre à la main, les yeux dans le vide. Elle divague. Elle rêve à voix haute, pour vous, Lecteur :

Frederika Amalia Finkelstein par Maud Maillard

Olivier Steiner : Chère Frederika, tu le sais, je ne suis pas critique littéraire, et ce que je fais ici sur Diacritik est un journal dans le Journal, soit un espace de liberté que je veux totale, autant que possible. J’aimerais bien qu’on se parle en écrivant, sachant que ce sera lu, un tiers est donc « là », faisons ça ici sur Messenger.

C’est en diptyque que David Vann analyse le rapport névrotique des Etats-Unis aux armes : Goat Mountain qui « consume les derniers éléments qui, à l’origine m’ont poussé à écrire : les récits sur ma famille et sa violence » et Dernier jour sur terre qui revient sur une tuerie dans une université américaine, le 14 février 2008. Les deux livres ont la violence en partage, une analyse de sang froid des racines du mal, puisant dans la biographie de l’écrivain, le rapport de sa famille au sang, à la chasse, aux armes.

Le Musée archéologique de Naples a inauguré la semaine dernière une exposition intitulée Amours divins (Amori divini) qui aura cours jusqu’au 16 octobre 2017.
Du riche trésor pompéien jusqu’au répertoire de l’époque moderne, les commissaires proposent un parcours consacré au double motif de la rencontre amoureuse entre les hommes et les dieux et des multiples métamorphoses qui se produisent au confluent de ces deux mondes antagonistes.

Action LGBTQI devant le CSA

Depuis plusieurs jours, une stratégie de pinkwashing se met en place dans les médias. Quelques dizaines d’annonceurs, qui jusque-là avaient richement financé l’émission TPMP, se découvrent des valeurs, une morale, affirmant que l’épisode du piège tendu par Hanouna à des hommes gays serait contraire à ces valeurs. Ces entreprises qui payaient pour que leurs publicités soient diffusées durant l’émission se retirent, drapées dans un Rainbow Flag, mettant un terme au financement de TPMP. Pourtant, cet épisode n’est pas un « dérapage », selon le mot utilisé dans la presse pour atténuer la charge de la critique, un accident différent de ce qui se passe d’habitude dans l’émission : il n’est qu’un moment d’une série continue de propos et de mises en scène homophobes et sexistes.

L’émission d’Hanouna, pourtant regardée par des millions de téléspectateurs, n’en est pas moins une vieille poubelle jouissant de ses propres remugles. La vulgarité permanente et gratuite – on est loin de l’art anarchiste du professeur Choron – y est omniprésente, les séquences machistes et homophobes s’y enchaînent, délivrant un discours qui, de manière primaire et « décomplexée », réactive sur le mode du langage et de la représentation la violence symbolique, matérielle et physique qui règne à l’égard de catégories de la population toujours objectifiées et infériorisées. L’émission d’Hanouna légitime cette violence – et n’en reste pas elle-même au niveau du symbolique et de l’image mais présente des passages à l’acte. On se souvient, par exemple, du « baiser » subi par une jeune femme forcée de se soumettre à Hanouna et à un de ses chroniqueurs. On pense aussi à la violence psychologique permanente qui est exercée sur certains des collaborateurs, contraints de se rabaisser chaque jour davantage pour exister quelque part dans le PAF et toucher leur chèque à la fin du mois.

Lech Kowaski, I pay for your story

C’est encore une fois un sublime documentaire que diffuse Arte cette nuit, à minuit 15, I pay for your story de Lech Kowalski, recueil de témoignages et histoires vraies sur la vie en marge de la société, à Utica, à 4 h 30 de New York en voiture. Le réalisateur, qui a lui-même passé une partie de sa vie dans la ville, a rémunéré des habitants pour raconter, face caméra, leurs galères, leurs espoirs, leurs désillusions. Son film, pudique et fort, nous confronte à des condensés d’existences engluées dans un présent sans perspectives.

Alix Beranger et Gwen Fauc hois ©Jean-Philippe Cazier

Les questions portées par le mouvement LGBT sont étrangement absentes de la campagne électorale autant que des discours médiatiques. En même temps, les thèmes LGBT reviennent en force dans la bouche des opposants à l’égalité des droits, qu’il s’agisse de certains politiques ou de mouvements réactionnaires ayant émergé à la faveur de la légalisation du mariage pour tous.
État des lieux de la situation actuelle et du mouvement LGBT à la veille des élections avec Alix Béranger et Gwen Fauchois dans un entretien où il est autant question de politique, de problèmes sociaux, de solidarité, des médias, des femmes réfugiées, que des conditions des luttes ou de la précarité économique et sociale.

Goya, Nature morte

Spécialiste de la condition animale, philosophe, Florence Burgat a consacré de nombreux essais à l’Animal notre prochain et à nos pratiques de consommation. Son dernier livre, L’Humanité carnivore, interroge notre rapport à la viande, cette humanité carnivore que nous sommes… devenus : pourquoi mangeons-nous de la viande ? L’avons-nous toujours fait et le ferons-nous toujours ? Son analyse de notre « raison carnivore » est à la fois historique, éthologique et culturelle, elle se déploie selon un axe qui élargit la question initiale au rapport de l’humanité à la violence, au sacrifice, dans un essai fondamental et passionnant qui redéfinit les frontières de ce que nous pensons notre humanité, pourtant hautement questionnable.

Moonlight

Erreur d’enveloppe mise à part, Moonlight était intrinsèquement taillé pour avoir l’Oscar et faire consensus — Oscar du meilleur film, du meilleur acteur dans un second rôle pour Mahershala Ali, du meilleur scénario adapté.
Il s’agit, de fait, d’une fausse surprise et surtout d’un vrai faux ami pour les LGBT qui crient aujourd’hui victoire. Joffrey Speno expliquait pourquoi le 15 février dernier, nous republions son article.

Inio Asano (DR)
Inio Asano (DR)

Avec les treize tomes de la série Bonne nuit Punpun, Inio Asano propose une histoire qui prend son temps. Le tour de force de la narration réside ici dans le fait que la quasi-totalité de l’expression orale du personnage principal nous est soustraite. Et il est difficile de s’être préparé mentalement à la descente aux enfers que traverse Punpun, si inconscient et si vif d’esprit.

Écrire de la poésie après Trump est barbare (pour paraphraser un aphorisme souvent cité et que l’on éprouve si profondément, même si certains prétendent que nous ne le comprenons pas encore bien). Theodor Adorno, philosophe et théoricien de la culture allemand, a un jour fait cette remarque célèbre : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ».

« Oui, je voulais parler » : ainsi s’achevait le texte publié par Édouard Louis dans Next (Libération, 7 mars 2014), Le plus étonnant pour moi, un texte présenté comme la matrice possible de son second roman. Vouloir parler, comme un je peux et je dois, malgré tout ce qui m’en empêche, le sujet, la honte, la fuite nécessaire, le fait d’avoir déjà dit et redit ce qui s’est passé, à des anonymes (l’infirmière, le médecin, les flics) comme à des proches.