Xavier Houssin, L'Herbier des rayons
Xavier Houssin, L’Herbier des rayons

Dans « Fonction du poète » (Les Rayons et les ombres), Victor Hugo, voix des contraires appariés, écrit que le poète est celui qui a « Les pieds ici, les yeux ailleurs ».
Telle pourrait être la « petite botanique des lieux et de la mémoire » de cet Herbier des rayons que publie Xavier Houssin. 36 jours, 36 rues du quartier des Peupliers à Paris, 36 plantes et 36 plantes, journal d’un poète et écrivain des jours et des sensations, lors d’une expérience terrible, une radiothérapie, du 19 février au 11 avril 2013 : « Je n’aurai de printemps qu’aux derniers jours d’été ».

Le Prix Goncourt du premier roman 2016 a été attribué lundi à Joseph Andras pour De nos frères blessés (Actes Sud). La surprise fut double : le roman n’était pas encore en librairies (il paraît aujourd’hui) et il ne figurait pas dans la sélection de quatre titres dévoilée par le jury le 6 avril dernier. Mais il s’agit d’un choix à saluer tant ce roman semble en effet ouvrir à une œuvre d’importance, littéraire et engagée, profondément politique, donc.

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Définir la fonction d’un intellectuel est un geste qui d’emblée ruine sa liberté. On ne saurait lui attribuer un rôle ou une place sans en instrumentaliser le discours. L’intellectuel, pour autant que la pensée se laisse définir, ne fait usage de l’intellect qu’en moment de panne, moment où aucune solution, aucune réponse ne peuvent plus s’imposer comme des évidences. Rien, aucune croyance, aucune vérité n’est plus disponible quand un intellectuel se lève dans l’histoire, au point de nous forcer à la réflexion. L’intellectuel fait sans doute l’expérience d’une crise au sein de la pensée et, par conséquent, ne peut s’exercer qu’en échappant aux injonctions qui s’imposent à lui de l’extérieur. Il ne saurait en effet se placer dans le sillage d’un pouvoir sans perdre toute pensée, du moins si on admet avec Aristote que penser, c’est penser par soi-même, que n’est intelligente qu’une pensée qui se pense elle-même, évalue ses propres prétentions.

Sophie et sa petite communauté aux bêtises inavouables
Sophie et sa petite communauté aux bêtises inavouables

« Il ne s’agit pas de tourner avec des enfants pour mieux les comprendre, il s’agit de filmer des enfants parce qu’on les aime » lançait François Truffaut, vibrant de justesse et de tendresse, dans Le Plaisir des yeux, l’un des ses ardents recueils d’articles critiques, au cœur duquel, revenant sur certains de ses films comme L’Argent de poche, le cinéaste s’interroge sur la manière dont les enfants doivent être représentés et employés à l’écran.

Mathias est un piéton de Paris. Un lundi 20 mai, il arpente les rues d’une ville sous tension, prise dans une forme d’urgence, un Paris post- et pré-révolutionnaire en quelque sorte, gros de révolutions passées (le 20 mai 1795, 1er prairial, le lundi 20 mai 1968) et du rêve d’une nouvelle révolution : « La Révolution n’a jamais lieu une fois pour toute ».

Linda Lê est un écrivain qui aime à descendre Au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau (Bourgois, 2009). Lecteurs et narrateurs y sont et « trompe-la-mort » et « déterreur de vestiges » : « soulever la dalle des mots, c’est rentrer en soi-même tout en côtoyant un autre ». Tel est, encore, le programme de Lame de fond.

Les éditions Galilée viennent de publier le second volume du séminaire que Jacques Derrida consacra à la peine de mort. Le philosophe Patrick Llored, auteur d’un livre original et novateur sur Derrida, souligne dans cet entretien ce qui, à partir de ce séminaire, lui semble ouvrir des pistes de réflexion et de compréhension nouvelles.

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Un homme pressé, et sans doute blessé. Pour qui nous avons pris le train. L’homme de Phèdre, des Paravents, d’Hamlet, de La Dispute, d’Intimité. Qui révéla Koltès au grand public. Un homme en recherche, questionnant, curieux, ouvert sur les arts, tous les arts, qui dit s’être construit des autres, de ses rencontres* : « apprendre ce que je ne sais pas, d’une certaine façon à devenir la personne que je ne suis pas encore ». Cet homme rare s’appelait Patrice Chéreau.

Il est des livres qui n’appartiennent pas à l’actualité, du moins celle dont les journaux rendent compte. Des livres qui sont notre présent, parce qu’ils nous accompagnent, qu’on y revient, que l’on sait, dès leur première lecture, qu’elle n’est que la première justement, et sera suivie de tant d’autres. Les Notes et croquis de l’année 2008, Les Pierres qui montent d’Hédi Kaddour, un livre publié chez Gallimard en 2010 — et étrangement jamais passé en poche — est pour moi de ceux-là, rares.